L’École d’Aviation militaire française de Vineuil

PaysFrance
DépartementIndre
NomVINEUIL
Autre appellationEcole d'aviation militaire française de Vineuil
Commune (s)VINEUIL
Coordonnées46°53'59''N / 1°38'30''E
OACIN/A
SituationA l'est de la D956, au niveau de "Le Petit Souper" et au nord-est du centre bourg de VINEUIL
UtilisationAnnexe de l'Ecole d'aviation militaire française de CHATEAUROUX-LA-MARTINERIE pendant la première guerre mondiale

 

Étude et présentation de Didier Dubant et Maxence Luneau

 

L’École d’Aviation militaire de Châteauroux à l’origine de la Piste annexe de Vineuil (36)

L’École d’Aviation militaire de Châteauroux – La Martinerie fut créée le 25 octobre 1915 à l’est de Châteauroux dans le département de l’Indre comme École de Perfectionnement des élèves pilotes (voir Historique Châteauroux-La Martinerie – https://www.anciens-aerodromes.com/?p=2243). Le commandant et directeur de l’école militaire d’aviation de Châteauroux est le capitaine Vaudein.

À partir du 21 mars 1916, l’École d’Aviation militaire de Châteauroux passe sous l’autorité du Capitaine Adolphe Varcin (1884-1967), qui devient le nouveau commandant de l’École d’Aviation.

« La formation évolue au printemps 1916. Désormais les élèves, après être passés en école préparatoire à Dijon, sont envoyés en divisions de pilotage, puis en divisions d’application à Pau pour la chasse, à Avord pour le bombardement et le vol de nuit, à Châteauroux pour l’observation d’artillerie et les pilotes de corps d’armée, tandis que le stage de tir, destiné aux pilotes de chasse, canonniers et mitrailleurs, s’effectue à Cazaux. Ce schéma sert de base au fonctionnement des écoles jusqu’en janvier 1917 ».

(DUBREIL-VILLATOUX 2008 p. 28).

 

Janvier 1917 : une nouvelle organisation des écoles est mise en place, elle perdurera jusqu’à l’armistice de 1918. (détails ci-dessous).

– une école préparatoire à Dijon,

– cinq écoles de pilotage à Ambérieu, Chartres, Châteauroux, Étampes et Istres,

– trois écoles de transformation à Avord, Châteauroux et Istres,

– trois écoles de perfectionnement pour la chasse à Pau et les vols de nuit à Avord et Istres,

– deux écoles d’application, à Biscarosse pour la chasse et Le Crotoy pour le bombardement,

– une école de tir aérien à Cazaux,

– trois écoles de mécaniciens et conducteurs à Bordeaux, Dijon et Lyon où se trouvent d’ailleurs les

  dépôts.

(DUBREIL-VILLATOUX 2008, p. 29).    

 

Dès le mois de février 1917, une Piste annexe de l’École d’Aviation militaire est implantée sur la commune de Vineuil (département de l’Indre) à environ dix kilomètres au nord de Châteauroux et, à vol d’oiseau, à onze kilomètres au nord-ouest de l’École d’Aviation militaire de Châteauroux-La Martinerie pour désengorger le terrain de La Martinerie.

(DUBANT 2006, p. 36).

Les conditions de création de la Piste annexe de Vineuil sont évoquées dans un paragraphe intitulé : « 1917-1918-1919 – L’Aviation » par André Mazerolle dans son ouvrage « Vineuil mon village » publié pour la première fois en 1939 où il précise :

«En février 1917, le capitaine Varcin, Commandant l’École d’Aviation de Châteauroux, obtint du Ministère de la guerre, l’établissement d’un camp à Vineuil. Sur les terres du Coudray, une piste, deux Bessonneau (hangar pour avion en bois et toile : https://hangars.anciens-aerodromes.com/?p=445 ), des tentes sont d’abord établis. Le Génie prend des notes, arpente le terrain. Des architectes font les plans du camp. Des travailleurs déblaient, posent des baraques. Le camp est raccordé à la ligne de tramway et un vaste quai est construit. (à l’époque, la ligne de tramway Châteauroux-Valençay par Levroux, ouverte jusqu’à Valençay à partir de 1903, passait par le centre bourg de Vineuil et rejoignant, au niveau de « le Petit Souper », la D956 qui à l’époque portait la dénomination N156 Blois → Châteauroux). Les premiers trains de matériel arrivent. Aux baraques Adrian E.C.M.B (Établissement Central de Matériel de Baraquements du génie), travaillent des prisonniers de guerre, des travailleurs coloniaux dirigés par les Français. Le camp, sans ses annexes, s’étendait sur 160 hectares de terres (appartenant aux domaines agricoles) du Coudray, de la Croix, Miran, Courcenay, La Rue. Il coûta environ 35 millions et ne fut pas terminé ».

(MAZEROLLE 1998, p. 34).

 

Localisation du site

Tout comme l’École d’Aviation militaire de Châteauroux – La Martinerie, qui a été implantée le long d’un axe de communication venant de la ville de Châteauroux (la D925) et allant à Saint-Amand-Montrond dans le Cher, le camp de l’École d’Aviation militaire de Vineuil fut lui aussi implanté le long d’un axe de circulation venant de la ville de Châteauroux. L’actuelle D956 qui mène à Levroux (Indre) portait à l’époque la dénomination N156. Les infrastructures de l’École d’Aviation militaire de Vineuil furent construites dès 1917 sur le territoire de la commune de Vineuil immédiatement à l’est de la D956, au niveau du lieu-dit « Le Coudray Château », ainsi dénommé sur la Carte d’État-Major en usage à l’époque. La D956, à cet endroit, suit une direction parfaitement rectiligne d’axe sud-est/nord-ouest. Les installations s’étalent en 1917-1918 selon cette direction sud-ouest/nord-ouest. Une grande allée bordée d’arbres d’axe sud-ouest/nord-est, dans le prolongement des bâtiments du Coudray qui se trouvent à l’ouest de la D956, constitue l’entrée du camp d’aviation militaire de Vineuil. Cette allée limitée de nos jours à un chemin de terre aboutit au château d’eau édifié à l’époque pour les besoins de l’école d’aviation. Dans l’axe sud-est/nord-ouest, un axe de circulation recoupait perpendiculairement en 1917-1918 la grande allée. Entre cet axe de circulation et la D956, les baraquements de bois étaient disposés en rangées parallèles, leur plus grande dimension étant toujours dans le sens sud-est/nord-ouest. À l’est de l’axe de circulation étaient disposés, sur deux rangées et tournés vers le nord-est, les hangars de grande taille en bois et toile abritant les avions qui à l’époque étaient eux-mêmes constitués, autour d’un moteur, d’un assemblage de bois et de toiles, le tout renforcé par de nombreux câbles. Au-delà vers l’est se trouvait le champ d’aviation proprement dit sans orientation particulière. Pour mémoire, les vents dominants dans la région étaient ouest/sud-ouest, cela dictant de fait le sens des atterrissages et des décollages. Le substrat du site, constitué à la fois de limons de plateau (LP) et d’affleurements de calcaire sous-jacent d’âge Jurassique J6J7a., présentait quelques risques d’enlisement en cas de temps pluvieux persistant.

Actuellement, tous ces terrains initialement agricoles ont été remis en culture, sauf l’emplacement entourant le château d’eau.

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Illustration n° 1

Dans le cercle rouge, localisation, à côté du Coudray, du camp de l’École d’Aviation militaire de Vineuil (département de l’Indre) sur un extrait de la carte d’État-Major utilisée à l’époque.

(montage Didier Dubant)

 

Premier document évoquant le site, une carte postale envoyée, le 16 août 1917, depuis le terrain de Vineuil. Cette carte porte au verso un tampon à l’encre violette ayant en périphérie la mention « * ECOLE MILITAIRE D’AVIATION DE CHATEAUROUX * INDRE » et au centre « PISTE DE VINEUIL ».

(source Michel PETOIN).

 

Quelques mois plus tard, le 12 novembre 1917, lors d’une réunion à Vineuil, il est demandé au service de l’Ingénieur Voyer du département de l’Indre d’assurer l’entretien des chemins desservant les Écoles d’Aviation françaises de Châteauroux et de Vineuil, le tout étant estimé à 45 kilomètres de linéaire de chemins vicinaux. Les matériaux d’entretien envisagés sont indiqués comme devant venir de la carrière d’Ardentes (Indre), située dans des terrains d’alluvions, carrière qui comporte « dans la proportion de 25 % environ, des blocs de grosseur variable de silex dit « chinières » plus dures que les silex d’alluvion ».

(source : Archives Départementales de l’Indre – Rapport de l’Ingénieur Ordinaire Voyer, M. Richen, en date du 28 novembre 1917).

 

Le train dit « des Cigarières » mis en péril par le volume de wagons destinés au camp d’aviation de Vineuil

Le 29 novembre 1917, le Directeur de la Compagnie des Tramways de l’Indre expose au Préfet de l’Indre « que sa Compagnie reçoit en gare de Châteauroux depuis quelques jours des rames de wagons de matériel pour le camp d’aviation de Vineuil (il en existe actuellement une vingtaine) ; qu’il ne peut assurer le service de transport de ce matériel avec les moyens dont il dispose, sans demander l’autorisation de supprimer temporairement, à partir du lundi 3 décembre, le train ouvrier dit «des Cigarières » (les femmes venant travailler à la Manufacture des Tabacs de Châteauroux) qui a lieu les jours de semaine, à midi, de Châteauroux à Déols pour revenir à Châteauroux à 13h30. Cette suppression temporaire permettrait d’utiliser au transport du matériel de l’aviation à Vineuil la machine et le personnel du train ouvrier. Mr. le directeur de la Compagnie ajoute que le train ouvrier dont la suppression temporaire est demandée est moins fréquenté actuellement qu’il ne l’était avant la mobilisation et que le produit qu’il donne correspond à peine au tiers de la dépense qu’il occasionne ».

(source : Archives Départementales de l’Indre, cote S 1058).

 

Le 3 décembre 1917, l’ingénieur ordinaire du contrôle apporte la réponse suivante : « Le train dit « des Cigarières » a été autorisé par décision préfectorale du 19 août 1902 sur la proposition de la Compagnie des Tramways.

Le tarif spécial G.V. n° 3 applicable à ce train a été homologué par Mr. le Ministre des Travaux Publics le 29 février 1908.

Ce train a circulé sans interruption depuis 17 ans et il n’est pas douteux qu’il rende des services à un assez grand nombre de travailleurs et notamment aux ouvrières de la Manufacture Nationale des Tabacs et de la Manufacture des Cent Mille Chemises qui ont leurs domiciles sur le parcours du train, ce qui leur permet de prendre leur repas de midi chez elles… .

… Or il résulte de la lettre ci-jointe en date du 1er décembre courant qu’une locomotive du réseau des Deux-Sèvres lui sera adressée du 10 au 15 décembre courant pour être mise en service sur la ligne de Châteauroux à Valençay et que dès qu’elle sera arrivée et que les formalités pour sa mise en service auront été remplies, ce qui demandera environ trois semaines, il s’engage formellement à rétablir le train ouvrier.

Dans ces conditions, nous donnons un avis favorable à la suppression temporaire du train ouvrier de Châteauroux à Déols et retour à partir du lundi 3 décembre courant, étant entendu que ce train sera rétabli dans le plus bref délai possible ».

(source : Archives Départementales de l’Indre, cote S 1058).

 

Le 4 décembre 1917, le Directeur de la Compagnie des Tramways de l’Indre répond à  « Monsieur Lehouchu, Ingénieur en Chef des Ponts et chaussées, directeur du Contrôle, Châteauroux.

Monsieur l’Ingénieur en Chef,

J’ai l’honneur de vous informer que nous rétablissons à partir de ce jour le train des Cigarières, en raison des faibles arrivages qui nous parviennent actuellement pour le Camp d’Aviation de Vineuil.

La semaine dernière, au moment où cette suppression a été envisagée, nous avions environ vingt-cinq à trente wagons en gare de Châteauroux pour Vineuil, et l’Autorité Militaire, à laquelle nous avions demandé si les arrivages devaient continuer, nous avait répondu affirmativement. Ce n’est donc que sur ces indications que nous avions été amenés à prendre des mesures pour faire face aux transports en question, en attendant l’arrivée de la première des deux machines que nous devons recevoir pour le service spécial du Camp de Vineuil.

Nous pensons bien que nous n’aurons pas à supprimer à nouveau ce train des cigarières. Nous ferons tout ce qui sera en notre pouvoir pour éviter cette suppression, en attendant nos machines de renfort.

Cependant si les nécessités étaient de nouveau démontrées d’ici environ trois semaines par des arrivages importants, il nous faudrait peut-être avoir encore recours à ce moyen, mais ce serait alors pour une durée très limitée.

Toutes les mesures pour prévenir le public intéressé du rétablissement du train ont été prises.

Veuillez agréer, Monsieur l’Ingénieur en Chef, l’expression de mes sentiments distingués et dévoués. Le directeur ».

(source : Archives Départementales de l’Indre, S 1058).

 

En février 1918, les courriers envoyés depuis le terrain de Vineuil portent un tampon ayant en périphérie la mention « * ECOLE MILITAIRE D’AVIATION DE CHATEAUROUX . (INDRE) » et au centre « PISTE DE VINEUIL ».

 

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Illustration n° 2

Dos d’une carte postale envoyée de Vineuil(Indre) le 1er février 1918.

Son tampon porte en périphérie : « * ÉCOLE MILITAIRE D’AVIATION DE CHATEAUROUX. (INDRE) » et au centre « PISTE DE VINEUIL ».

(DUBANT 2013 p. 18)

 

Dans les premiers mois de l’année 1918, « M. d’Antigny, député, président de la Sous-Commission de l’Aéronautique » (peut-être faut-il lire en fait Alain Albert Leret d’Aubigny), présente à la Commission de l’Armée un rapport où il indique : « il faut construire et aménager des écoles nouvelles et agrandir certaines autres. À l’heure présente, le Génie en est chargé ; or j’ai pu constater le 17 février 1918 à Vineuil que des travaux ordonnés depuis le mois d’août dernier avaient été menés avec une telle lenteur que les pilotes ont dû coucher tout l’hiver sous la tente où ils étaient encore, tandis que les prisonniers de guerre employés aux travaux avaient été logés dans des baraques en bois avec plancher, et qu’en fait, à part des hangars Bessonneau, presque rien, dans cette école qui est comptée pour former 200 brevets, donc abriter 600 élèves n’est achevé ».

(La Vie Aérienne du jeudi 3 juin 1920, p. 66).

 

La tentation des oiseaux migrateurs

Le lundi 18 mars 1918, le Journal du Département de l’Indre publie en page 2 un article qui annonce : « vendredi dernier ont eu lieu en présence de tous les officiers, moniteurs et élèves pilotes de l’école d’aviation de Châteauroux et de Vineuil, les obsèques du Maréchal des Logis Fesser, moniteur pilote, qui a trouvé la mort dans un accident d’aviation (chute d’avion le 13 mars 1918). Le deuil était conduit par le frère du défunt. La cérémonie religieuse s’est passée au temple protestant (à Châteauroux). À la gare (de Châteauroux), où le corps avait été transporté, M. le lieutenant Gandelin (probablement André Gandelin) de l’école de Vineuil a prononcé l’allocution… ». Armand Fesser avait seulement 28 ans !

Le Journal du Département de l’Indre du 24 mars 1918 publie les conditions exactes de la mort du Maréchal des Logis Fesser : « Les premières journées de printemps sont radieuses… ..Les oiseaux migrateurs quittent le Midi pour aller dans les régions du Nord comme ils le font périodiquement. Ces oiseaux sont difficilement capturés pendant le cours de leur voyage. Pourtant quelques-uns de nos aviateurs qui se complaisent dans le sport de la chasse en avion se livrent à la chasse des oiseaux de passage. C’est ce qui a fait que, la semaine dernière, nous avons eu à déplorer la mort du Maréchal des Logis Fesser, de l’école de Vineuil, qui avec trois de ses camarades, pourchassaient une volée de grues. Mais malheureusement, ces volatiles en heurtant l’appareil arrêtèrent l’hélice et firent capoter les avions. L’un des aviateurs fut tué et brûlé et les trois autres gravement blessés ».

 

Mars 1918 : le passage des écoles d’Étampes et de Chartres-Voves

André Mazerolle dans son ouvrage « Vineuil mon village » publié pour la première fois en 1939 donne quelques précisions à ce sujet : « Le 27 mars 1918, le détachement d’aviation venu de Châteauroux y revint (c’est-à-dire retourne à l’École d’aviation militaire de Châteauroux – La Martinerie) et fit place aux Ecoles d’Etampes (Essonne) et de Chartres-Voves (Eure-et-Loir). Huit jours après, l’Ecole de Chartres recevait une autre destination. On se représente aisément le spectacle peu banal que fut l’arrivée d’une nuée d’avions par une pluie battante, pendant une heure s’abattant sur la piste du Coudray (c’est-à-dire immédiatement à l’est des installations du camp d’aviation de Vineuil). Et tous les aviateurs, se précipitant à la poste pour télégraphier à leur famille ! Et pour les loger, ce ne fut pas peu de chose. Les élèves pilotes venaient s’exercer à Vineuil sur avions Farman et Caudron. Ils comprenaient des officiers jusqu’au grade de capitaine, des sous-officiers, caporaux et soldats. On remarqua un sous-officier Russe, plusieurs Polonais, officiers et sous-officiers… Le Foyer du Soldat procurait boissons et distractions. Il possédait un théâtre où furent jouées de belles pièces par des artistes improvisés ou de vrais artistes mobilisés au Camp. Beaucoup de personnes y vinrent, même de Châteauroux ».

(MAZEROLLE 1998, p. 35).

 

Le 26 mars 1918, le Préfet de l’Indre complète son arrêté du 7 février 1918 qui autorisait la traversée de la Route Nationale 156 par « l’embranchement de l’Ecole d’aviation de Vineuil » (comprendre la traversée de l’actuelle D956 par une section de voie ferrée raccordée à la ligne du tramway qui, à l’époque, reliait Châteauroux à Valençay). Suite à l’accord donné par « le Chef du Génie de Poitiers au nom de M. le Ministre de la Guerre », c’est « le Commandant de l’Ecole d’aviation de Vineuil » qui se substitue « comme permissionnaire, au lieu et place de la Compagnie des Tramways » pour prendre en charge « les travaux de la traversée de la Route Nationale n° 156 par l’embranchement de l’Ecole d’aviation de Vineuil ».

(source : Archives Départementales de l’Indre courrier du 26 mars 1918, cote S1037).

 

Le séjour de Jean Eugène Martial Amigues

Le 24 avril 1918 arrive à l’École d’aviation de Châteauroux-Vineuil Jean Eugène Martial Amigues (né le 13 mai 1887 à Sigean dans le département de l’Aude, brevet de pilote militaire n° 2080 le 14 décembre 1915 à l’École d’Aviation militaire de Buc – Yvelines (https://www.anciens-aerodromes.com/?p=14093) ; stage de transformation sur avions rapides à l’École d’aviation militaire d’Avord (Cher) du 28 décembre 1915 au 23 janvier 1916).

Il y sera instructeur-moniteur jusqu’à la fin de la guerre. Plusieurs des 1200 photos qu’il a prises durant la Première Guerre mondiale sont accessibles sur le site internet du Musée AEROSCOPIA qui se trouve à Toulouse. Certaines concernent la présence de Jean Eugène Martial Amigues au camp de Vineuil, dans le département de l’Indre (localisé par erreur sur le site internet en Loir-et-Cher).

Pour Vineuil, le premier cliché du point de vue chronologique porte pour légende : « L’auteur de l’album, avec Marcel Figeac quittent Chartres (Eure-et-Loir) pour aller à Vineuil où ils sont affectés comme moniteurs, 23 avril 1918 ; Marcel Figeac, le soir de l’arrivée à Vineuil, 24 avril 1918 ».

Un autre cliché pris en avril 1918 toujours à Vineuil livre un portrait de groupe avec toute une série de noms : « Weiss, Voufly, Landérain (Poulet), Béchet, Bouveus, Védrines (Raoul Védrines), Carter, Laporte, Bresson, Baron, Brian, Mutel, Deiricq, Guérin, Grenier, Obled, Vachet, Darmaillac, Prieur, Galbreau, Radau, Moreau, Dubruel, Coster et Henry ».

Une photographie réalisée en mai 1918 à Vineuil montre des baraques de part et d’autre d’une allée de grands arbres. Certaines baraques sont encore en construction.

Un cliché intitulé « Les « huiles » du pilotage » daté du 4 juillet 1918 permet de connaître des noms de pilotes présents sur le site de Vineuil ce jour-là : « lieutenant de Néel, Demezière, Teppe, Lang, capitaine de Louvancourt, Landeroin, lieutenant Wavrin et Weiss ».

Une carte photo prise sur le terrain de Vineuil représente un biplan biplace Maurice Farman MF.11 affecté en 1918 au rôle d’appareil d’entraînement, ce que confirme le texte rédigé au verso : « A mon bien cher Ami Noël. En souvenir de ma bonne amitié, et de mon stage à l’Ecole d’aviation militaire de Vineuil, sur Maurice Farman, février, mars 1918. Saint Raphaël le 19 mai 1918. Marcel Machet ».

 

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Illustration n° 3

Carte photo représentant un biplan biplace Maurice Farman MF.11 – stage à l’Ecole d’aviation militaire de Vineuil, sur Maurice Farman, février, mars 1918.

(collection Didier Dubant)

 

Le 21 mai 1918, une carte postale postée à « VINEUIL INDRE » est intéressante, car elle porte un tampon violet ayant en périphérie la mention « ÉCOLE D’AVIATION MILITAIRE D’ÉTAMPES. Le Vaguemestre ». Cette carte postale envoyée par « M. L. Kampès E(lève) P(ilote) Aviation de Vineuil » qui écrit à M. D.L. Perronas E(lève) P(ilote) à l’« Ecole aviation Ambérieu » (Ambérieu-en-Bugey dans l’Ain https://www.anciens-aerodromes.com/?p=45605 ) confirme la présence du Vaguemestre (le militaire chargé du service postal) de l’École d’aviation militaire d’Étampes (Essonne) sur le site de l’École d’Aviation Militaire de Vineuil (Indre).

 

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Illustration n° 4

 (collection Didier Dubant)

 

La présence à l’École d’Aviation militaire de Vineuil (Indre) d’élèves de l’École d’Aviation militaire d’Étampes (Essonne) est également confirmée par une autre carte postale dont le tampon de date « VINEUIL INDRE » n’est malheureusement pas lisible. Le dos de cette carte postale qui porte un tampon bleu ayant en périphérie la mention « * ÉCOLE D’AVIATION MILITAIRE DE VINEUIL » avec au centre la « RÉPUBLIQUE FRANÇAISE » assise tenant de la main droite un faisceau de licteur, comporte le texte suivant :

« Aviation militaire – Vineuil Indre. Mon vieux Gadrat, merci de ta carte qui est venue me trouver à notre nouvelle école, car nous avons déménagé d’Etampes pour Vineuil. Nous ne sommes pas mal, dans un gentil petit pays. Alors toi tu es content du lieu, tant mieux pour toi, c’est là ton tour. Tous les amis te souhaite (nt) le bonjour et reçoit de ton vieux copain une bonne poignée de main. Quant à Soudans que devient-t-il ? ». Ce courrier est adressé à « Mr. Alp. Gadrat 3e Groupe d’Aviation 1e Comp. Baraque 28 Bordeaux Gironde ».

 

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Illustration n° 5

(collection Didier Dubant)

 

Le mercredi 18 juin 1918, le Journal du Département de l’Indre évoque un nouveau décès associé à l’école d’aviation de Vineuil : « Les obsèques du caporal pilote aviateur Mario BRIAN, de l’école d’aviation de Vineuil, né à Gênes (Italie) auront lieu le mercredi 19 juin 1918 à 14h30. Réunion à l’hôpital mixte. L’inhumation aura lieu à la nécropole Saint-Denis (commune de Châteauroux) … ».

Le caporal Marius Émile Brian est mort le 15 juin 1918 à l’hôpital mixte de Châteauroux des suites d’une « chute d’avion ».

La présence des militaires à Vineuil pouvait également provoquer quelques désordres, comme le prouve un entrefilet du Journal du Département de l’Indre du vendredi 26 juillet 1918 en page 2 : « Fermeture tardive. Grande animation l’autre soir dans le débit tenu à Vineuil par Mme Fanny, 56 ans. Plusieurs soldats de l’école d’aviation étaient présents malgré que l’heure de fermeture soit passée. Bah ! dirent en chœur consommateurs et tenancière, pour une fois nous pouvons bien nous amuser à boire à notre victoire future, les gendarmes de Villedieu ne veulent pas venir ce soir. Ils se trompèrent car, vers 10 heures du soir, les gendarmes firent leur apparition. Ce fut un sauve qui peut général. Seule Mme Voie Fanny resta sur place pour s’entendre dire que procès-verbal serait dressé contre elle ».

Le texte figurant au verso d’une carte postale représentant la gare du Tramway à Vineuil (Indre) apporte un autre instantané de la vie au « Camp Aviation de Vineuil (Indre) » :

« Vineuil le 8 août 1918.

Ma petite femme et fille chérie.

Deux mots pour te dire que je suis toujours en bonne santé. Aujourd’hui nous devons avoir la visite d’un Général pour les effectifs, mais viendra-t-il, je n’en sais rien, car il ne m‘a pas téléphoné et tout ça ne m‘inquiète pas autant comme autre chose. Tu vas peut-être dire aussi, toi que je suis rengaine, mais on pourrait l’être à beaucoup moins. Je ne vois rien de plus à te dire pour le moment. Embrasse bien fort petit Jeannot pour moi et toute la famille, et Henriette, et le bonjour aux amis et connaissances de ma part. Ton mari et petit papa qui vous embrasse bien fort, à tous mille et mille fois. E Chevalier, Sergent 66e Inf(anter)ie, Service de Garde, Camp Aviation de Vineuil (Indre) ».

 

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Illustration n° 6

Dos d’une carte postale daté du 8 août 1918 écrite par « E Chevalier, Sergent 66e Inf(anter)ie, Service de Garde, Camp Aviation de Vineuil (Indre).

(collection Didier Dubant)

 

Quelques mois plus tard, le Sergent Chevalier écrira à sa famille une lettre bien différente :

« Vineuil le 23 9hre (19)18. Ma petite femme et fille Chérie. Deux mots pour vous dire que je suis arrivé à bon port et que tout s’est bien passé. Je vous dirais que j’ai vu, non pas sur le Parisien, mais sur le journal du 22, que nous devions rentrer dans la 1ère quinzaine de Décembre. Cela m’a fait plaisir (90 et 91) je crois que ce soir nous aurons des renseignements plus précis. Je ne vois plus rien à vous dire pour le moment que je suis toujours en bonne santé et, à bientôt le plaisir d’être parmi vous tous, car je vais trouver le temps long d’ici là. Embrasse bien fort petit Jeannot. Papa qui vous embrasse bien fort. A tous. E. Chevalier Serg(en)t 66e Inf(anter)ie, Service Garde, Aviation Vineuil Indre ».

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Illustration n° 7

Dos d’une carte postale daté du 23 9bre 1918 écrite par « E Chevalier, Sergent 66e Inf(anter)ie, Service (de) Garde, Aviation Vineuil Indre ».

(collection Didier Dubant)

 

Une carte postale représentant l’église de « VINEUIL. (Indre) » prise depuis le sud-est et portant au verso la référence « Vineuil 5-10-18 à 13h30 » (5 octobre 1918) comporte le texte suivant : «. Chère tante. Recevez d’un poilu tout son bon souvenir. J’espère que Polo est Réformé. Amical souvenir à la guerre. R. Beaumont », puis comme adresse « R. Beaumont mécano – Baraque 62 Ecole Aviation de Vineuil (Indre) ».

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Illustration n° 8

Dos d’une carte postale marquée « Vineuil 5-10-18 à 13h30 » rédigée par « R. Beaumont mécano – Baraque 62 Ecole Aviation de Vineuil (Indre) »

(collection Didier Dubant)

 

Un camp inachevé au moment de l’armistice

André Mazerolle dans son ouvrage « Vineuil mon village » fait état de l’inachèvement du camp d’aviation militaire de Vineuil au moment de l’armistice le 11 novembre 1918 :

« L’effectif total dépassait, à l’armistice, 3.000 personnes. Une puissante machine à vapeur puisait l’eau à quatre puits, l’élevait, la distribuait dans des réservoirs où elle était filtrée. Un vaste château d’eau devait envoyer l’eau partout.

Il fut construit en 1918-1919 et ne fonctionna pas, car il n’était pas terminé quand le camp fut désaffecté.

Avec plusieurs puits, ce réservoir nous reste comme souvenir ».

 

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Illustration n° 9

Le château d’eau en béton armé, de l’École d’Aviation militaire de Vineuil (Indre), édifié en 1918-1919, photographié depuis les airs le 27 juillet 2013 depuis le nord-ouest.

(coll. Didier Dubant n° 1930)

 

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Illustration n° 10

Le château d’eau en béton armé, de l’École d’Aviation militaire de Vineuil (Indre), édifié en 1918-1919, photographié au sol 28 novembre 2021 depuis le sud-ouest.

(coll. Didier Dubant)

 

« L’électricité, produite par une dynamo actionnée par la machine élévatoire des eaux, jetait une profusion de clarté dans les moindres recoins. Il était beau à voir, le soir, le Camp du Coudray. Il n’est pas besoin de dire qu’il y avait un central téléphonique, une puissante sirène qu’on entendait facilement du bourg (le centre bourg était à environ 1000 mètres du centre du camp), un garage, de grands et petits bureaux, un foyer du soldat, des services de pilotage. Une carrière existe encore. Les hangars Bessonneau contenaient des avions, des services de réparations. On voyait aussi des cuisines, une infirmerie, des mess, une coopérative, des dépôts, des réservoirs en ciment pour l’essence. On devait même installer un « tout à l’égout » perfectionné, mais la guerre n’a pas assez duré. Et les baraquements contenaient la troupe, les travailleurs indochinois, annamites, les prisonniers allemands, le personnel féminin, etc…

L’armistice arrêta tout cela… Les jours qui suivirent, le Camp ne marcha plus qu’au ralenti, mais la construction du château d’eau continuait… En décembre l’agonie du Camp commença. Il ne fut plus qu’une réserve de matériel aéronautique annexe de Châteauroux. Le personnel de l’École en activité et les avions furent dirigés sur l’École d’Istres (Bouches-du-Rhône) ; les démobilisables rentrèrent chez eux et les civils furent licenciés. En mars 1919 ce fut la désaffectation, la mort complète. Le matériel et les archives partirent à Châteauroux. La vente en détail du Camp par le Génie commença et dura jusqu’en 1923. Les propriétaires des terrains du Camp rentrèrent en possession de leur bien ».

(MAZEROLLE 1998, pages 34 à 36).

 

N.B. : La description fournie par André Mazerolle se retrouve sous une forme largement condensée sur le site intranet : « Les écoles militaires de pilotage de 1911 à 1918 », sous la dénomination de « terrain de Châteauroux-Vineuil », à la fin de la partie consacrée à l’École de Châteauroux. Elle est accompagnée d’un plan permettant de localiser le site avec l’indication des lieux-dits des environs.

Dans la partie « Les terrains d’aviation »  figure également une vue aérienne intitulée :  Terrain de l’école d’aviation militaire de Vineuil (Indre) en août 1918. Utilisé par les escadrilles 293 – 294  (escadrilles de reconnaissance de nuit créées respectivement le 14 novembre 1918 et le 26 octobre 1918 et dissoutes en août 1919).

Le cliché est pris depuis l’ouest. Au premier plan, Le Coudray avec son environnement boisé et de l’autre côté de la D957, parallèles à celle-ci, les installations du camp ; le « champ d’aviation » proprement dit (c’est-à-dire la piste d’atterrissage et de décollage) étant les champs situés à l’arrière-plan sur le cliché, donc plus à l’est.

En novembre 1918, les cartes postales envoyées depuis l’École d’Aviation Militaire de Vineuil, dans le département de l’Indre, reçoivent un tampon bleu ayant en périphérie la mention « ÉCOLE D’AVIATION MILITAIRE DE VINEUIL – Le Vaguemestre ».

Le 28 novembre 1918, une carte postale évoque l’activité de l’École d’Aviation militaire de Vineuil (Indre) juste après l’Armistice :

« Vineuil 28-11-(19)18.

Mr Jacques,

Je viens par ma présente carte vous donner un peu de mes nouvelles qui sont très bonnes. Actuellement l’aviation tombe beaucoup (comprendre est en perte d’activité). Nous avons 300 élèves qui quittent l’école et rejoignent leur corps d’origine; les vols sont complètement arrêtés, nous ne faisons absolument rien; nous ignorons encore ce que nous allons faire. Je termine en vous priant d’agréer mes salutations les plus respectueuses; mes salutations à Mr et Mme Castillon ». Signé « AVair ».

 

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Illustration n° 11

Dos d’une carte postale marquée « Vineuil 28-11-18 ».

(coll. Didier Dubant)

 

15 décembre 1918 : une carte photo représente un pilote devant un monomoteur Caudron G.3.

Au dos est inscrit : « École militaire d’aviation de Vineuil, Indre, le 15 décembre 1918 ».

 

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Illustration n° 12

Monomoteur Caudron G.3, « École militaire d’aviation de Vineuil, Indre, le 15 décembre 1918 ».

(coll. Didier Dubant)

 

 

Du 1er novembre 1918 au 15 juin 1919, la Revue l’Aérophile mentionne l’attribution de récompenses (sous forme de plaquettes spéciales) à plusieurs enseignants navigants des écoles d’aviation (à savoir des instructeurs et des moniteurs), parmi lesquels ceux de l’école de Châteauroux-Vineuil qui est distincte de l’école de Châteauroux : les adjudants Maurice Allard et Jules Obled, le sergent André Séguin ; les adjudants Gaston Besset et Gaston Gavelle, les maréchaux des logis André Cusset et René Seitz, les sergents René Laporte, Lucien Schmitt et Raoul Védrines ; les adjudants Michel Bureau, Paul Bardoux, Emile Bressen, le maréchal des logis Georges Henry, les sergents André Meer et Pierre Perreau ; les adjudants Joseph Durbec, Charles Lamelle et le sergent Pierre Changenet.

Un double romanesque du camp d’aviation de Vineuil dans le département de l’Indre

Un double romanesque du camp de Vineuil est évoqué par Ernest Gaubert dans son roman « Sous l’aile des Coucous » sous le nom de Larfeuille. La ville de Châteauroux se reconnaît-elle dans le nom de Castelbouzane et Camplong est-elle l’école d’aviation de Châteauroux – La Martinerie ? :

 « Larfeuille se trouve à quinze kilomètres de Castelbouzane et le tracteur ne ramène personne après neuf heures. Que faire lorsqu’on a lu tous les journaux et tous les feuilletons possibles, lorsqu’on a étudié tous les nouveaux traités mécaniques, approfondi les organes de tous les appareils en service ? Ah ! Larfeuille ne ressemble en rien à Camplong, l’école de perfectionnement ».

(GAUBERT 1917, p. 128).

 

 « Le grincement du convoi marque un arrêt en pente, Larfeuille, Jacques n’est pas là. Une dizaine d’avions évoluent, dans le ciel décoloré déjà de chaleur, au-dessus du convoi, comme un essaim de moustiques au-dessus d’une chenille noire. La comparaison s’impose tant l’immensité de la plaine rapetisse tous les objets. Si ce n’étaient les tonneaux métalliques et les caisses d’essence entassés autour de la station, rien n’indiquerait l’école, dont les baraquements sont tapis autour d’un bosquet ».

(GAUBERT 1917, p. 131).

« L’école n’est pas encore complètement installée. Aucune barrière n’en défend les approches. La piste ne se dessine point encore entièrement. Les avions à double-commande qui prennent leur vol courent parmi le gazon comme d’immenses insectes brillants ».

(GAUBERT 1917, p. 133).

« Pourtant Jacques quittait Larfeuille avec regret. On y travaillait de si bon cœur dans ce camp improvisé, si simple avec ses réfectoires sous la tente, son petit étang, sa carrière, sa cuisine en plein vent. La salle de réunion formée par une tente plus grande avec son tableau noir, ses bancs taillés au cœur des arbres, récemment abattus pour dégager la piste, tout cet ensemble de huttes et de tentes qui figurait assez bien un village sioux dans la prairie commençait à lui être cher. Jacques Savernier se liait déjà avec ces jeunes hommes simples et sincères qui après deux ans de vie dans la boue, sous les obus, gardaient une âme d’enfant. Tous citadins, dans le dernier arrivage, ils cueillaient des fleurs de luzerne et des ravenelles qu’ils inséraient dans les lettres à leur amie. Aucun d’eux n’avait de marraines quadragénaires et riches. Ils recevaient peu de colis. Ils écrivaient sur le papier à en-tête de la cantine. Le dimanche, ils n’éprouvaient même pas le désir de descendre jusqu’à Castelbouzane ».

(GAUBERT 1917, p. 184).

 « On sonnait pour la soupe à neuf heures. Ils s’asseyaient sous les lampes à pétrole, sur les bancs étroits, et mangeaient très vite comme des collégiens en parlant de leurs vols, de la façon plus ou moins vive dont ils avaient tiré sur les ciseaux au départ et poussé sur les ciseaux à l’atterrissage, sur le plus ou moins de résistance au pied des pédales de direction. Après le dîner, on achetait des cigarettes à la coopérative, puis on se promenait un quart d’heure sous les grands arbres de la route.

A dix heures trente tout le monde dormait, les fenêtres des tentes ouvertes…

…Parfois, quelque amie, quelque fiancée, une femme, – cinq ou six parmi eux étaient mariés –, annonçait sa venue. Gauchement, l’élève demandait la permission, rarement refusée, d’aller l’attendre à la gare. Ce jour-là, il y avait autour de l’école un couple qui rôdait, ivre de liberté et de lumière. Quand il s’agissait de l’épouse, on permettait au mari de la raccompagner à Castelbouzane et de ne rentrer que le lendemain. Pour la fiancée, il y avait Gatevin, un fermier qui leur louait une chambrette où causer de leurs projets d’avenir ».

(GAUBERT 1917, pages 185 et 186).

Après l’armistice, l’école d’aviation de Vineuil organise un grand concert

Quelques semaines après l’armistice du 11 novembre 1918 alors que la guerre est terminée, le 7 décembre 1918 en pleine nuit un train de permissionnaires percute un train de marchandises à l’arrêt sur la ligne Paris-Toulouse, non loin de la gare de Lothiers (hameau du département de l’Indre à cheval sur les deux communes de Luant et de Tendu). Le bilan est lourd : 70 morts et 151 blessés.

(COULON 1996, pages 72 à 74).

Le mercredi 18 décembre 1918, « l’École d’aviation de Vineuil » organise au théâtre de Châteauroux un grand concert « au profit des familles des victimes de la catastrophe de Lothiers » : « Avant leur départ, officiers et pilotes de Vineuil ont voulu, en prouvant leur sympathie aux habitants de Châteauroux, leur offrir une dernière fois un concert qui leur réserve d’agréables surprises. D’excellents artistes, dont quelques-uns déjà connus et d’autres célèbres prêteront leurs gracieux concours, notons tout d’abord : le début d’une jeune artiste de grand talent Mlle Liane d’Artigues dans une charmante opérette de Ch. Lecocq (Charles Lecoq juin 1832 – octobre 1918). Madame Landerois, l’excellente et si dévouée pianiste que nous entendrons pour la dernière fois à Châteauroux. M. Chastres, un ténor léger de grand talent, M. Pontoy et M. Thill connus et applaudis dans nos concerts…Un programme gravé par Pontoy sera vendu à la porte du théâtre au profit des familles des victimes ».

(Le journal du département de l’Indre du lundi 16 décembre 1918 page 2).

La fin de l’École d’aviation de Vineuil

Le lundi 9 juin 1919, en première page, Le Journal du Département de l’Indre signale les modifications qui touchent le terrain d’aviation militaire de La Martinerie et l’école de Vineuil : «l’Ecole de Vineuil va être complètement abandonnée et le terrain rendu à l’agriculture. Tout le matériel a été transporté à La Martinerie. S’il est impossible de trouver un emploi domestique et pratique aux moteurs d’aviation, il n’en est pas de même des baraquements, tentes, cantines, etc. Le Commandant de Villermes nous a quittés. L‘aimable et bienveillant Capitaine Mac nous quitte à son tour pour aller au 2e bureau de l’Aéronautique Militaire. Il laisse beaucoup de regrets parmi le personnel de l’Ecole. Depuis quatre ans, le Capitaine Mac avait en fait dirigé les écoles de Châteauroux. Il est remplacé par le Capitaine Villa, du Train des Equipages, qui a liquidé l’Ecole de Chartres et vient prendre le commandement de La Martinerie. Cent cinquante ouvriers et soldats de La Martinerie sont partis hier pour d’autres centres ou pour être démobilisés ».

(Le Journal du Département de l’Indre du 9 juin 1919, p. 1).

Un démantèlement difficile

La mise en vente après la guerre des infrastructures du camp de Vineuil provoqua dans le département de l’Indre quelques réactions : « l’Etat est un bizarre commerçant. Le particulier qui appliquerait ses méthodes aboutirait à la faillite. Tour à tour il y a trop ou trop peu de monde pour accomplir les besognes nécessaires… Le camp de Vineuil est divisé en deux théoriquement. Il y a ce qui appartient au génie chargé de liquider les stocks et ce qui appartient à l’aviation qui n’a aucun représentant à Vineuil. Par exemple, les hangars en toile, les Bessonneau pourrissent sur place, se désagrègent, s’effilochent dans le vent, idem les tentes… le génie n’a rien à y voir. C’est à l’aviation.

On a fait une forte publicité dans la presse parisienne pour apprendre au monde, qui s’en souciait peu, qu’il y avait 40.000 kilos de graines de gazons à vendre à Montierchaume, mais nul ne sait qu’il y a des toiles, des bois, des outils, des hangars, des baraques et mille choses utiles à vendre à Vineuil.

Il y a à Vineuil, de petites maisons démontables, des briques, des rails, des pioches, des limes, des outils, des fils électriques, des forges, une machine à vapeur, des enclumes, des marteaux, des tables, des seaux etc… Il y assez de baraques confortables pour installer une cité ouvrière. Il y assez de pierres dans les chemins installés à neuf, dans la carrière et… où personne n’a passé, pour paver les rues de Châteauroux. Il y a du barbelé. Il y a un réservoir géant, des cuves, des auges et… Il y a un quai, des voies de garages, des caves, du fer, du bois, etc… … les baraquements de Vineuil pourraient rendre de grands services. Il y a des maisons en briques de mâchefer, recouvertes d’ardoises, qu’on vend dans, les deux (maisons) à 5.000 F. Il y a des baraques de 30 mètres sur 8 qui sont de véritables petits hôtels avec leurs chambrettes, leurs plafonds, il y a des baraquements Adrian (en référence au modèle élaboré par Louis Adrian reposant sur un module de planches de 20x3x300 cm et ne demandant pour être monté qu’un équipement de menuisier, pas celui d’un charpentier), des baraques G.P., des baraques Espitallier (caractérisées par l’emploi exclusif de carton comprimé et inaltérable comme paroi et ossature). De quoi constituer une véritable cité. Si elles étaient à Châteauroux la crise des loyers n’existerait pas. Elles sont à vendre » (Journal du département de l’Indre du dimanche 5 janvier 1920, page 1).

Quelques semaines plus tard, un courrier du « Capitaine Villa, commandant de l’Annexe » adressé le 26 février 1920 au Préfet de l’Indre et rédigé sur un papier à en-tête portant en haut à gauche la mention « AERONAUTIQUE MILITAIRE. Service des Entrepôts Généraux de l’Aviation. 3e Groupement d’Annexes. ANNEXE DE CHATEAUROUX » révèle qu’une partie du matériel provenant des Écoles d’Aviation de Châteauroux – La Martinerie et de Vineuil est encore à vendre :

« J’ai l’honneur de vous signaler pour que vous le portiez à la connaissance de la presse et des municipalités du département qu’une partie du matériel provenant des Ecoles d’Aviation dissoutes de Châteauroux et de Vineuil est mise en vente dès maintenant au terrain d’Aviation de La Martinerie.

Une salle d’exposition et de vente avec un bureau de renseignements est prévue à l’entrée du terrain. Le matériel est offert par priorité aux services publics qui disposeront d’un délai de dix jours pour indiquer les achats qu’ils désirent faire ; les offres d’achat seront reçues immédiatement et la suite donnée sera portée à la connaissance de l’acheteur dans un court délai, pour permettre de vendre au mieux des intérêts de l’Etat ».

(source : Archives Départementales de l’Indre, cote R961 – Dossier : « Guerres affaires franco-américaines comité départementale des mutilés et combattants »).

 

Le Journal du département de l’Indre du 26 février 1921 publie un article intitulé « Liquidation des Stocks. Service du Génie » dont voici le contenu : « Le public est informé que le dimanche 27 février 1921, à partir de 9 heures du matin, il sera procédé au Camp de Vineuil (Indre), à la vente au détail de fourneaux de camp dits buanderies et de poêles Godin ou genre Godin en bon ou assez bon état, de lampes tempête, de manteaux de pluie en toile huilée très usagés, de vieux tonneaux, tables, chaises, bicyclette incomplète, latrines à un ou plusieurs sièges, ustensiles divers et autres objets non détaillés… … Le public est également informé qu’il peut acheter de gré à gré au Camp de Vineuil, à des prix avantageux, des baraques 30 mètres sur 6 mètres couvertes en ardoises posées au crochet, charpente bois, remplissage en briques ; 1 lot de charpentes pour hangars Col (six groupes de deux) ; des ossatures (charpentes) pour baraques E. C. M. B (Établissement Central du Matériel de Baraquements) de 30 m. sur 6 m. ; des latrines démontables à un ou plusieurs sièges ; une machine à vapeur demi-fixe 20 chevaux à retour de flamme ; de la robinetterie ; des postes d’eau émaillés ; du matériel pour canalisations fer neuf et usagé ; des canalisations fer à récupérer ; un moteur à essence 12 chevaux en état de marche ; trois moteurs à essence 12 chevaux incomplets dont deux avec magnéto ; des portes et fenêtres neuves ou en bon état ; des bois débités divers pour baraques E. C. M. B., en partie utilisables pour la construction ; des liteaux divers ; des carreaux de plâtre (agglomérés) ; plaques de staff ; gaines et collerettes pour conduits de fumée ; appareils à douches Charles Blanc ; plaques en ciment armé ; buses en ciment à récupérer ; baraques Adrian, etc… Les ventes de gré à gré se poursuivront jusqu’au 31 mars, dernier délai. Après cette date, il sera procédé à la vente par adjudication, dans des conditions qui seront ultérieurement portées à la connaissance du public. On peut visiter tous les jours ouvrables, de 8 heures à 12 heures et de 13 heures à 17 heures, en s’adressant à M. Pascaud, représentant du service du Génie au Camp de Vineuil »

 

La liste des militaires reposant dans le carré militaire au cimetière Saint-Denis à Châteauroux (36) comporte plusieurs noms liés à la piste annexe implantée à Vineuil :

 

– DU VAN TIECH 21 janvier 1918 E.A. Vineuil,

– Hervé FAVE 20 février 1918 Aviation (Hervé Michel Marie FAVE, Quartier-maître canonnier, pilote-aviateur du Centre d’Aviation Maritime de Saint-Raphaël, décédé le 20 février 1918 à Vineuil. A fait une chute mortelle sur la piste de l’école d’aviation de Vineuil. Né le 30 octobre 1891 à Brest),

– DUONG TO 19 juillet 1918 E. A. (Groupement de Travailleurs indochinois, détachement de Vineuil, décédé à l’Hôpital mixte de Châteauroux d’une bronchite broncho-pulmonaire). Né à Co Chain, province de Haidnong, Annam (probablement Hải Dương au Vietnam),

– Alphonse DEJEAN 4 août 1918 E. A. Vineuil (Alphonse Jules Dejean, infirmier au 1er Groupe d’Aviation – Châteauroux. Chute d’avion),

– Robert LECOQ 24 octobre 1918 A. Vineuil (Sergent au 39e d’Infanterie, décédé à l’hôpital mixte de Châteauroux. Maladie contractée en service).

(source : liste aimablement communiquée par le Service des cimetières – Mairie de Châteauroux).

N.B. : À noter la présence d’une croix mémorielle le long du côté ouest de la D956 au niveau de sa jonction avec la D77A. C’est une croix en métal fixée sur un dé en pierre calcaire. Cette croix qui comporte une représentation en relief de la Croix de Guerre tenue par un cordon tressé à la jonction de ses deux bras et superposée à une épée verticale à pointe orientée vers le haut, avec sur le bras horizontal à gauche l’indication « 1914 » et à droite « 1918 ». Un drapé borde le bras vertical du côté droit alors qu’une branche d’olivier recouvre le côté gauche. Au pied est figuré également en relief sur deux lignes l’inscription « PRO PATRIA » (pour la patrie).

 

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Illustration n° 13

La croix mémorielle située au sud de l’emplacement où se trouvait de 1917 à 1919 le camp de l’école d’aviation militaire de Vineuil dans le département de l’Indre.

(cliché Didier Dubant  26 novembre 2017)

 

Bibliographie

Coulon G., Permissionnaires sans retour, dans Berry Magazine, numéro spécial : Deux siècles de calamités et de faits divers de la famine prérévolutionnaire à la catastrophe ferroviaire d’Argenton, avril 1995, pp. 73-74.

Dubant Didier, 50 ans d’aviation dans le ciel de l’Indre 1909-1959, Éditions Alan Sutton, 2006, 160 pages.

Dubant Didier, Châteauroux – La Martinerie. Histoire d’une base militaire dans l’Indre, Éditions Sutton, 2013, 176 pages.

Dubreil-Villatoux M.-C., L’aéronautique militaire dans la grande guerre : vers l’institutionnalisation, dans Gallien P., Rech G. et Chablat-Beylot A., Archives de l’aéronautique militaire de la première guerre mondiale. Répertoire numérique détaillé de la série-A (1914-1919) et guide des sources, Service historique de la Défense, 2008, pp. 9-39.

Gaubert E., Sous l’aile des Coucous, Roman, L’édition, Paris 1917, 295 pages.

Mazerolle A. – Vineuil mon village, Éditions du Roc de Bourzac, 1998, 54 pages.

(le paragraphe intitulé  « 1917-1918-1919 – L’Aviation » se trouve pages 34 à 36).