Juvincourt
(Département de l'Aisne)
*
Situé au bord de la N44 entre Laon et Reims au Sud de la commune de Juvincourt-et-Damary, il s'agissait d'un important Flugplätz de la Luftwaffe après avoir été une plateforme d'opération pour l'Armée de l'Air avant guerre. Dans les mois qui précédèrent l'arrivée des troupes Allemandes un groupe de Fairey Battle de la RAF y sera même stationné.
Cette région est riche en souvenir de la première guerre mondiale avec la présence de la ligne de front à proximité et du mémorable ''chemin des dames''.
Premier vestige facilement repérable, cette tour de contrôle ou d'observation en bordure de la RN44. A proximité, un loueur ou dépositaire de caravanes et mobil homes utilise encore des anciens bâtiments de la base aérienne Allemande.


Le ''champ d'aviation '' aménagé en 1939-1940 par l'Armée de l'Air se trouvait juste en face de la tour d'observation. Lors de la récupération du terrain par la Luftwaffe trois pistes d'envol furent bétonnées : n°1 NNW / SSE (1610m x 65m), n° 2 E / W (1600m x 65m ) et n°3 NE / SW ( 1980m x 60m ). Des '' Rollstrasse'' permettaient d'atteindre plusieurs alvéoles abris construits autour du terrain.
Une seule de ces trois pistes est encore assez bien conservé car elle est utilisé par un équipementier automobile. Les deux autres servent de dépôt pour des entreprises de construction ou ont été partiellement enlevés par les propriétaires pour remise en culture des terres.

Vue aérienne de l'une des pistes d'envol

Cette curieuse construction, très facilement repérable lors d'un survol du site, était l'aire de réglage des compas de vol pour les appareils. C'est une dalle circulaire avec en son centre un anneau de réglage portant indication et graduation des points cardinaux. Un Rollstrasse ( taxiway) permet d'amener les avions sur ce lieu.
Au bord de la RN44, plusieurs abris sont encore visibles comme prés du cimetière britannique, datant de la première guerre mondiale. Il s'agissait à cet emplacement d'un relais électrique semi enterré. A l'arrière, de solides murs en béton devaient certainement protéger des générateurs de secours (hypothèse non vérifié).

Entrée de l'abri

Emplacement avec murs pare éclats
Le bois longeant la RN44, nommé ''bois des Boches'', face aux anciennes pistes, renferme plusieurs constructions diverses comme des vestiges de hangars, des casernements, un possible centre de commandement semi enterré et certainement d'autres constructions qui nous n'avons peut être pas découverts lors de notre première visite.

Plots support d'une charpente métallique pour un hangar en arc de cercle, dimensions de 35m de long sur 15 de large (approximatif). La RN44 est visible au second plan. Il s'agissait certainement d'un hangar de réparation, un atelier en ruine est d'ailleurs présent sur la façade arrière.

Casernement contenant de nombreuses pièces avec un sous sol. Nous avons retrouvé également à proximité plusieurs puisards et cuves bétonnées pouvant contenir de l'eau ou des réserves de fioul.
Couloir principal, la nature reprend ses droits sur le lieu

Intérieur d'une des chambres, présence de peinture d'origine sur les murs.

Entrée de l'abri souterrain, situé à proximité du casernement. S'agissait-il d'un simple abri anti-aérien ou du centre de commandement de la base ?

Intérieur, construction en briques sous une épaisse dalle de protection.

Vue aérienne à basse altitude. Aujourd'hui encore, les constructions sont difficillement discernables profitant de l'excellent camouflage naturel.

Du bas de la photo vers le haut : restes de Rollstrasse reliant le bois, cimetière britannique, ''bois des Boches'', les constructions en blanc sont également des anciens abris. Tout en haut de la photo, on distingue l'ancienne piste n°3 utilisée par l'équipementier automobile. Au centre du bois, emplacement de l'ancienne voie ferrée qui desservait cette zone technique de l'aérodrome.
*
L'étude descriptive pourrait se refermer ici mais un fait historique est attaché à cette ancienne base Allemande :
Le 15 juillet 1944, un sifflement strident est perçu par plusieurs habitants du village de Juvincourt et des environs, provenant du passage d'un avion en approche, un appareil différent de ceux qui évoluent sur la base depuis de nombreux moi. Il s'agit d'un Arado 234, la tout premier biréacteur a être entré en service, opérationnel dans une version d'observation. Son pilote est le Lieutenant Erich Sommer, un second le suivra quelques jours plus tard piloté par le Lieutenant Horst Götz. Le déploiement de deux avions identiques vient d'être décidé afin d'effectuer des missions photos sur la Normandie, théâtre depuis plusieurs semaines de violents combats.

Image extraite du DVD
'' Erich Sommer, pionnier de l'aviation à réaction sur Arado 234'' - Philippe Bauduin
Cet appareil n'utilise pas les pistes bétonnées de la base mais se pose parallélement à la RN44, un peu plus vers le Nord Ouest. Il se pose sur de simples patins avant d'être hissé sur un chariot et amené dans des alvéoles de stationnement construites de chaque côté de la route et recouvert de filets de camouflage. Comme cet appareil est très vulnérable dans sa phase d'atterrissage et de décollage, plusieurs groupes de FW 190 le protége lors de chaque départ ou retour de mission. ces appareils sont abrités dans l'autre partie de la base.
La première mission va avoir lieu le 2 août 1944. Ce jour, le lieutenant Erich Sommer va décoller de la RN44 et se diriger vers la Normandie pour d'une altitude de 12 000m ramener des photos de grande qualité qui permettront au commandement de prendre conscience de l'ampleur de la tête de pont allié pour planifier les contre attaques. Le retour s'effectue sans encombre et l'Arado se pose le long de la route sur ses patins. L'appareil regagne ensuite son alvéole de stationnement.

Vue aérienne d'une alvéole avec son Rollstrasse permettant un accès à la route servant de piste d'envol. Cette construction se compose d'un muret de protection, renforcé par une levé de terre, l'ensemble devant être couvert par un filet de camouflage. Possibilité également de disposition d'une toiture de bois (hypothèse non vérifié).
emplacement
pour le débattement de la porte

Réserve dans le mur de béton sans doute pour fixation d'une toiture.
Cinq alvéoles de ce type sont disposées le long de la route, en plus ou moins bon état. Des emplacements abris pour les Arado ou pour du matériel de servitude comme les chariots de décollage ou les engins de levage. Un peu plus vers le Nord, dans le bois sur la '' butte de Noirmont '', on peut distinguer une construction avec un fronton en arc de cercle ( 1 ). Cette construction est trop étroite pour accueillir un appareil type Arado 234 mais nous pouvons supposer que celui ci pouvait être placé sur le devant, sous un filet de camouflage. La partie arrière, visible de nos jours, ne devait être que l'atelier de maintenance abritant compresseurs, générateurs ou tout autre outillage nécessaire à la maintenance d'un tel appareil.
Sur le côté en ( 2 ) présence d'un autre emplacement avec plots supports, dalle béton et ruines d'atelier l'ensemble étant protégé par un merlonnage de terre. Nous pouvons supposer qu'il s'agissait d'un second emplacement de maintenance.


Atelier de maintenance. L'Arado pouvait se placer à l'emplacement de la paille.

Vue des ateliers latéraux

Vue aérienne de cette construction.
Aprés la libération de la région, la base sera réutilisé par les Alliès avant d'être reprise en 1945 par l'Armée de l'Air. Un projet d'aménagement de la piste n°2 sera même envisagé mais sans suite.
*
Remerciements :
à David Bonnaventure, Jean Philippe Ferand, Benoit Coruble, Eric Fardel et Nicolas (membres du forum oise 1939-1944)
à Jacques Calcine et Jean Luc Van Campenhout (membres de notre groupe de recherches)
au Royal Patagonian Squadron pour sa mission photographique sur le site
et Philippe Bauduin, auteur du livre '' Normandie 44, les photos de l'avion espion '' pour son aide sympathique dans la transmission d'informations sur cet étude.