L’Aéro-Guide de 1912, le guide des pionniers de l’aviation

Edition de 1912. Coll. 2A

L’Aéro-Guide, le guide des pionniers de l’aviation

Par G. Labeeuw

À l’aube de l’aviation moderne, alors que les vols de distance restent une aventure et que les terrains d’atterrissage sont encore rares, paraît en 1912 en France un ouvrage devenu aujourd’hui une référence historique : l’Aéro-Guide. Publié sous le patronage de l’Aéro-Club de France et de l’Aéro-Club de Belgique, il constitue l’un des premiers guides pratiques destinés aux « touristes de l’air » : pilotes, aéronautes, passionnés d’aviation et voyageurs aériens de l’époque héroïque de l’aéronautique.

Un guide pour les aviateurs pionniers

Commercialisé vers le mois de juillet 1912 [1] à Paris chez E. Blondel La Rougery, l’Aéro-Guide est conçu comme l’équivalent aéronautique des guides routiers destinés aux automobilistes.

L’avant-propos de l’édition de 1912 annonce déjà que cet ouvrage n’est pas uniquement un recueil des terrains d’aviation et aérodromes et de leurs infrastructures mais qu’il contient nombre d’informations relatives à la réglementation, à la technique, à la formation et enfin au tourisme aérien. L’Aéro-Guide se présente comme un manuel complet destiné aux aviateurs, aéronautes et voyageurs aériens. Son ambition est de rassembler en un seul volume tous les renseignements nécessaires à la pratique de l’aviation sportive et touristique au début du XXe siècle

 

Organisé en cinq grandes parties, il réunit :

  1. Les règles de l’aviation : brevets, code de l’air, compétitions.
  2. La technique et la navigation : aéronefs, météo, formalités de voyage.
  3. Les institutions : fédérations, aéro-clubs et organismes officiels.
  4. Les infrastructures : écoles, aérodromes et terrains d’atterrissage détaillés.
  5. Les outils du voyageur aérien : cartes et lexiques internationaux.

Pour un pilote des années 1910-1930, il s’agit à la fois d’un manuel de formation, d’un guide réglementaire, d’un annuaire professionnel, d’un atlas aéronautique et d’un guide de voyage. C’est cette combinaison unique qui fait de l’Aéro-Guide l’un des premiers grands guides pratiques de l’aviation civile et touristique.

légende de 1912

À cette époque, l’aviation n’a qu’une dizaine d’années d’existence. Les cartes aériennes sont embryonnaires, les infrastructures très limitées et la plupart des vols suivent les voies ferrées, les routes ou les cours d’eau afin de faciliter le repérage. L’Aéro-Guide répond à ce besoin nouveau de documentation. À ce sujet, les légendes des cartes sont révélatrices des réflexions sur l’usage et l’appellation des terrains d’aviation à l’époque :

  • pour un terrain d’aviation : un aplat noir sur les cartes et un rectangle vide dans la description
  • pour un aérodrome : un aplat hâchuré et un rectangle avec un point intérieur dans la description

 

Conditions pour l’accueil de meeting aériens : Nous reproduisons ici un court extrait de l’aéro-guide, relatif aux conditions d’utilisation des terrains d’atterrissage pour des exhibitions et meetings aériens :

Les terrains d’atterrissage étant, dans une foule de cas, susceptibles d’être aménagés en aérodromes, nous croyons intéressant d’indiquer ci-après les conditions généralement exigées pour que des exhibitions et des meetings d’aviation puissent y être organisés. Aucune réunion d’aviation sur un aérodrome ne peut être autorisée, si le terrain ne remplit pas les conditions suivantes :

  1. La piste devra présenter sur toute son étendue une largeur minimum de 100 mètres et un développement à la corde de 1.500 mètres ;
  2. La surface intérieure limitée par la piste exprimée en mètres carrés, sera égale au minimum du produit obtenu en multipliant par 25 la longueur de la piste à la corde, exprimée en mètres ;
  3. Il devra exister entre la limite extérieure de la piste et tout emplacement réservé au public une bande neutre de 30 mètres sur laquelle les appareils ne pourront circuler que conduits à la main ;
  4. Le terrain constituant la piste devra être partout de telle nature qu’une voiture automobile puisse y rouler.

Si, en raison du nombre des concurrents, des obstacles environnants, ou pour tout autre motif, la disposition du terrain n’était pas jugée suffisante, le pouvoir sportif national pourra, malgré l’observation des prescriptions ci-dessus, refuser de l’accepter.

Lorsque l’aérodrome sera constitué par une piste ayant la forme d’un polygone fermé, il ne devra présenter aucun angle rentrant. Les sommets du polygone seront indiqués par des jalons.

Les concurrents devront en faire le tour en passant complètement en dehors des jalons et en les laissant toujours à la même main, qui devra être indiquée par le règlement. Le concurrent qui aurait manqué un jalon pourra continuer valablement son parcours à la condition de faire le tour complet de ce jalon et de poursuivre ensuite sa marche dans le même sens.

 

Les autres éditions connues 

2ème édition « 1913 »

Une deuxième édition mise à jour est répertoriée et le MAE en dispose d’un exemplaire. Elle reprend la structure de l’édition initiale en l’augmentant de près de 30 pages et actualise les renseignements aéronautiques dans un contexte où les écoles de pilotage et les terrains d’aviation se multiplient rapidement. La liste des pilotes de la FAI est établie au 31 décembre 1912. L’Aérophile en fait écho régulièrement dès mars 1914 (mais pas apparemment en 1913), à côté des autres productions de Blondel de la Rougery. Cette deuxième édition « 1913 » pourrait donc avoir été commercialisée uniquement au tout début de l’année 1914.

Publicité pour la 2ème édition parue dans l’Aérophile de mars 1914. source: L’Aérophile, via Gallica

Édition « 1914 » ?

Les mentions d’une édition 1914 de l’Aéro-Guide (cf. atlas DGAC de Jean Sauter) semblent renvoyer en réalité vers la 2ème édition de 1913, sans doute commercialisée au tout début de 1914. L’atlas DGAC, dans sa description de l’Aéro-Guide, rappelle une information intéressante sur les premiers terrains d’aviation : De nombreux champs de manœuvres militaires firent office de terrain d’atterrissage, au point de représenter plus du tiers des 230 sites répertoriés en 1914 par la dernière édition de l’Aéro-guide […]. Ces champs de manœuvres appartenaient le plus souvent aux municipalités qui, sollicitées par l’autorité militaire, avaient acquis les terrains nécessaires à leur création afin de ne pas laisser échapper le prestige et les avantages liés à la qualité de ville de garnison.[2]

On peut enfin noter, que s’il n’existe pas a priori de 3ème édition 1914 de l’Aéro-Guide, Michelin édite en 1914 le Guide Michelin de l’Officier Aviateur, avec le concours entre autres de Blondel de la Rougery, qui fournit les cartes des terrains issues de l’Aéro-Guide. Mais contrairement à l’Aéro-Guide, ce dernier se limite à la partie Nord-Est de la France.

 

Une source historique exceptionnelle pour 2A

L’intérêt majeur de l’Aéro-Guide réside aujourd’hui dans sa valeur documentaire. Ses cartes et plans nous ont permis de localiser des terrains d’aviation parfois disparus depuis plus d’un siècle et de compléter les informations de l’Atlas DGAC.

Extrait de l’Aéro-guide de 1912, avec l’aérodrome de Bayonne, qui disposait d’un hangar (légende avec un H). Coll. 2A

Extrait de l’Aéro-guide de 1912, avec le terrain d’aviation de Soissons. Coll. 2A

Sources : 

  • Aéro-Guide, publié sous le patronage de l’Aéro-Club de France et de l’Aéro-Club de Belgique. Pour les touristes de l’air., Paris, E. Blondel La Rougery, édition 1912, 150 pages. Notre association en dispose d’un exemplaire.
  • [1] On trouve dans la presse des échos de la sortie de la première édition de l’Aéro-Guide en août 1912. Compte tenu que l’Aéro-Guide comporte une liste des pilotes brevetés au 31 mars 1912, on peut en déduire que cette première édition de l’ouvrage a été mis en vente en juillet 1912. Par ailleurs, l’ouvrage du SIA [3] mentionne une parution de l’Aéro-Guide le 21 décembre 1911, ce qui pourrait signifier qu’il existe une première édition 1911.
  • [2] site Atlas DGAC de Jean Sauter
  • [3] L’Information aéronautique à ciel ouvert :  Cartes, publications et données aéronautiques de référence (1910-2010). Edition DGAC Mission Mémoire, sous la direction de Pascal Sénard.

 

Annexe : Reproduction de l’index de 1912 :

  • Note de l’éditeur
  • Préface, par M. le sénateur Reymond
  • Les premiers touristes de l’air

PREMIÈRE PARTIE

  • Statistique des trois brevets
  • Règlement. – Brevets de pilote aviateur
    • » d’aviateur militaire
    • » de pilote d’aérostat
    • » d’aéronat
  • Code de l’Air
  • Code des concours (engagements, pseudonymes, récompenses, réclamations)
  • Chronométreurs (liste des chronométreurs). Entretien des chronomètres
  • Règlement. – Coupe d’aviation Gordon-Bennett
    • » aéronautique
    • » Michelin Internationale
  • » Prix F.-S. Lahm
  • » Prix du record de distance
  • » Prix du plus grand nombre d’ascensions
  • Liste des pilotes de la Fédération Aéronautique Internationale (aviation, aérostats, aéronats)

DEUXIÈME PARTIE

  • Indemnités d’atterrissage (Paris, Province, Belgique)
  • Expédition par chemin de fer
  • Passeports
  • Douanes françaises (aéroplanes-ballons)
    • » belges
  • Comment reconnaître les différents types d’aéroplanes
  • Caractéristiques des aéroplanes
  • Anatomie d’un aérostat
    • » d’un aéronat
  • L’atmosphère (nuages). Ce qu’on voit à 1.000 mètres
  • La force du vent
  • Les phares (Manche, mer du Nord)

TROISIÈME PARTIE

  • Fédération Aéronautique Internationale
  • Pouvoirs sportifs appartenant à la F. A. I.
  • Aéro-Club de France
  • Commission sportive aéronautique
  • Fédération des Sociétés aéronautiques françaises
  • Aéro-Club de Belgique
  • Fédération des Sociétés aéronautiques belges
  • Association générale aéronautique
  • Ligue Nationale aérienne
  • Anciens de l’Aéronautique Militaire
  • La Stella

QUATRIÈME PARTIE

  • Écoles d’aviation
  • Aérodromes. Terrains d’atterrissage (France)
    • » » » (Belgique)
  • Champ de manœuvres d’Issy-les-Moulineaux
  • Parc d’aérostation de l’Aéro-Club de France
  • L’Aéronautique militaire

CINQUIÈME PARTIE

  • La carte aéronautique internationale
  • Cartographie
  • Lexique français-flamand-allemand-anglais

NOTES