Albert Dubois et les hangars à toiture suspendue Dubois-Lepeu

Albert Dubois et les hangars à toiture suspendue Dubois-Lepeu

Synthèse des articles publiés sur le site Hangars Aéronautiques

Albert Dubois, photographie conservée par son petit-fils Philippe Wolff

Parmi les constructeurs qui ont accompagné l’essor de l’aviation française au tournant des XIXe et XXe siècles, Albert Dubois (1853-1944) occupe une place particulière. Moins connu aujourd’hui que les grands noms du « béton » ou des structures métalliques, cet entrepreneur autodidacte fut pourtant l’un des pionniers de la construction métallique aéronautique et l’un des premiers à développer en France des hangars à toiture suspendue, en même temps que ne le firent Gaston Leinekugel Le Cocq et Fernand Arnodin.

Des ateliers vosgiens aux grandes constructions métalliques

Né à Saint-Dié dans les Vosges le 29 octobre 1853, Albert Dubois connaît une jeunesse modeste. Orphelin de père à l’âge de six ans, il entre très tôt dans la vie active comme apprenti ajusteur avant de quitter sa région pour Paris après la guerre de 1870. Il se forme successivement comme mécanicien, ajusteur puis dessinateur industriel, acquérant une solide expérience dans la serrurerie et les constructions métalliques.

Le 1er juillet 1887, il fonde avec l’ingénieur centralien Charles Nicolle la société Dubois et Nicolle, spécialisée dans la serrurerie, les charpentes métalliques et les constructions en fer. L’entreprise participe rapidement à de nombreux chantiers prestigieux : École d’Alfort, École des Mines, Muséum d’Histoire naturelle, serres du Jardin d’Acclimatation, cathédrale de Limoges ou encore évêché d’Ajaccio. La consécration intervient lors de l’Exposition universelle de 1900 où l’entreprise obtient une médaille d’or pour sa participation au Palais des Mines et de la Métallurgie.

Après le départ de Charles Nicolle en 1902, la société devient Dubois et Cie, puis Dubois et Lepeu en 1905 avec l’arrivée de Lucien Lepeu, ancien élève de l’École polytechnique. Cette association jouera un rôle important dans l’histoire des constructions aéronautiques françaises.

Un précurseur de l’architecture aéronautique

À une époque où l’aviation n’en est encore qu’à ses débuts, Albert Dubois s’intéresse très tôt aux besoins spécifiques des aéronefs. Dès la fin du XIXe siècle, sa société est associée à la construction de hangars à dirigeable. Une première réalisation est signalée par N. Nogue dès 1898 pour les ateliers Lachambre à Paris.

Au début des années 1900, l’entreprise participe également au développement de hangars démontables pour dirigeables, destinés aux armées françaises et étrangères. Ces structures métalliques légères, composées de fermes en treillis contreventées par des haubans et recouvertes de toile, pouvaient être transportées puis remontées sur différents terrains. Parmi les réalisations connues figure notamment le hangar de Rozière-Lapalisse construit en 1909 pour l’aérostation militaire. D’autres exemplaires seront utilisés à Albi ou encore à Rochefort pour les besoins de la Marine durant la Première Guerre mondiale.

Cette expérience dans les grands volumes métalliques conduit naturellement Dubois et Lepeu à imaginer une solution adaptée aux avions dont les dimensions augmentent rapidement pendant la guerre.

Les hangars à toiture suspendue Dubois-Lepeu

Vers 1915-1916, Albert Dubois et Lucien Lepeu mettent au point un nouveau type de hangar métallique à toiture suspendue. Bien que le brevet mentionné par plusieurs sources (N.Nogue, M.-J Dumont) n’ait pas encore été retrouvé, ce système est présenté dans le Bulletin de renseignements du Génie de 1918.

Le principe repose sur une idée simple mais novatrice : la charpente de toiture n’est plus supportée par des fermes traditionnelles occupant l’espace intérieur mais suspendue à des poteaux métalliques par l’intermédiaire de haubans. Les pylônes sont disposés à la fois au faîtage et au niveau des grandes ouvertures du hangar, permettant de dégager un volume intérieur très important avec très peu d’obstacles pour les mouvements des appareils.

Les hangars Dubois-Lepeu présentent généralement une largeur d’environ 40 mètres et une longueur comprise entre 80 et 120 mètres (pour respectivement deux à 3 séries de pylônes). La toiture à deux pans est constituée d’une charpente métallique suspendue, complétée par des bandeaux vitrés apportant un éclairage naturel. À une époque où les avions deviennent toujours plus grands, cette disposition offre un avantage considérable par rapport aux hangars en bois ou aux bâtiments maçonnés.

Comme les systèmes développés parallèlement par Arnodin ou Leinekugel Le Cocq, les hangars type Dubois-Lepeu répondent à plusieurs objectifs recherchés après la Première Guerre mondiale : grandes portées, démontabilité, transportabilité et possibilité d’adaptation aux évolutions rapides de l’aéronautique.

Plan paru dans le bulletin de renseignement du Génie de 1918. La version présentée mesure 80 m (comme à Etampes) mais dans la plupart des réalisations le hangar comporte 2 séries de 3 poteaux et mesure 120 m. Source : Grand quartier général des armées. Bulletin de renseignements du génie. 1918/02

Les principales réalisations recensées

À ce jour, plusieurs réalisations de hangars Dubois-Lepeu ont été identifiées. La plupart ont disparu durant la Seconde Guerre mondiale, ce qui explique leur relative méconnaissance actuelle.

Lyon – Bron

L’aérodrome de Lyon-Bron possédait deux hangars de type Dubois-Lepeu construits vers 1918. Longs de 120 mètres pour une largeur de 40 mètres, ils constituaient parmi les plus vastes bâtiments du terrain. L’un se trouvait à l’ouest des pistes tandis que le second était implanté à l’est. Utilisés notamment pour le matériel et les activités du 35e Régiment d’Aviation, ils furent détruits lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale.

L’intérieur du hangar Dubois du 35ème Régiment d’Aviation. Coll. 2A

 

Villacoublay

L’aérodrome de Villacoublay reçut plusieurs exemplaires du système Dubois-Lepeu, comprenant deux hangars accolés ainsi qu’un bâtiment de grandes dimensions destiné au Service Technique de l’Aéronautique, constituant une variante à une seule série de pylônes au niveau des portes. Ces constructions illustrent l’adaptation du procédé aux besoins de l’un des principaux centres aéronautiques français de l’entre-deux-guerres.

Au premier plan, les deux hangars types Dubois utilisés comme ateliers par les usines Breguet. Au fond, le hangar Gonidec du STAé, vraisemblablement une variante du type. Source : IGN via F. Paquet

 

Étampes – Mondésir

Le terrain d’Étampes – Mondésir possédait également un hangar de ce type, reprenant les principes constructifs présentés dans le Bulletin du Génie de 1918. Cette réalisation témoigne de la diffusion du procédé sur les principaux terrains militaires français à la fin de la Grande Guerre.

Hangar Dubois Lepeu à Étampes – Mondésir. Coll. 2A

 

Dijon – Longvic

À Dijon-Longvic, deux hangars Dubois-Lepeu accolés en longueur furent construits. Ils furent partiellement détruits lors de la Seconde Guerre mondiale. Leur disposition démontre la capacité du système à être développé sous forme de bâtiments multiples.

Le hangar vers 1925. Coll. Dan Gilberti

 

Le Bourget

Un hangar Dubois-Lepeu est attesté au Bourget avant 1921, comme faisant partie des hangars de la Compagnie Aérienne Française (CAF). Il disparaîtra ultérieurement lors des transformations de l’aérodrome et de la construction de l’aérogare dessinée par Georges Labro.

Hangar Dubois de la CAF, carte postale ancienne. coll. 2A

 

Mérantais et Toussus-le-Noble

L’exemplaire le plus remarquable est celui construit à Mérantais vers 1917 puis démonté et remonté à Toussus-le-Noble aux alentours de 1936. Il constitue aujourd’hui le seul hangar Dubois-Lepeu encore existant, offrant un témoignage exceptionnel de cette technique constructive pionnière.

Mérantais,1921. Le Goliath F-GEAB sortant du hangar (détail). Coll. P. Créach

 

Un pionnier aujourd’hui redécouvert

Longtemps éclipsé par d’autres constructeurs plus connus, Albert Dubois apparaît aujourd’hui comme l’un des précurseurs de l’architecture aéronautique française. Issu du monde de la construction métallique, il accompagne l’aérostation puis l’aviation naissante en développant des solutions adaptées aux besoins nouveaux des aéronefs militaires et civils.

Ses hangars à toiture suspendue, conçus avec Lucien Lepeu, constituent une étape importante dans la recherche de bâtiments offrant de grandes portées libres. Bien qu’ils aient presque tous disparu, ils témoignent d’une période particulièrement inventive où les ingénieurs devaient répondre aux défis posés par l’évolution rapide des techniques aéronautiques. Le hangar conservé à Toussus-le-Noble demeure aujourd’hui l’ultime témoin de cette aventure industrielle et architecturale.

Coll. Farman Aéro/Adrien Thibaut (http://farman-aero.com/)

Sources et liens

  • Albert Dubois : https://hangars.anciens-aerodromes.com/?p=3801
  • Hangars type Dubois-Lepeu : https://hangars.anciens-aerodromes.com/?page_id=3859
  • Hangars métalliques à toiture suspendue type Dubois Lepeu à Dijon – Longvic
  • Hangar métallique à toiture suspendue type Dubois Lepeu à Étampes – Mondésir
  • Hangar métallique à toiture suspendue type Dubois Lepeu au Bourget
  • Hangar métallique à toiture suspendue type Dubois Lepeu au Mérantais
  • Hangar métallique à toiture suspendue type Dubois Lepeu à Toussus-le-Noble
  • Hangars métalliques à toiture suspendue type Dubois Lepeu à Villacoublay
  • Dumont, Marie-Jeanne, L’architecture de l’aéronautique en France 1900-1940.
  • Nogue, Nicolas, Architecture aéronautique en France.
  • Bulletin de renseignements du Génie, février 1918.
  • Notice biographique de Philippe Wolff (1944).