L’histoire de l’aérodrome d’Aspres-sur-Buëch, citation de l’article « Si l’aérodrome m’était conté » avec l’aimable autorisation de Francis Humblet
Le promeneur qui emprunte la R.N. 75, quitte Aspres vers le sud, traverse le pont du chemin de fer, parcours ensuite le sillon que le Buëch millénaire a tracé, depuis sa source à Lus la Croix Haute, jusqu’à son terminal à Sisteron. Entre Aspres et Aspremont, ce promeneur a côtoyé le flanc d’un plateau tabulaire, c’est le Chevalet, porteur de l’aérodrome qui fait l’objet de ces propos.
« Chevalet » , nom troublant, dont nul n’apporte la justification ; c’est un substantif qui vient de cheval, du latin « caballus ». II désigne communément un support, le support de la toile du peintre notamment. Plus singulièrement, chez nous, il est encore un accessoire de scieur de bois de chauffage. Or, ce plateau ne supporte rien d’apparent, sauf peut-être, en témoignant d’une imagination débordante, les cumulo-nimbus de la voûte céleste. Accédons au plateau; c’est une entreprise difficultueuse, attendu que toutes les voies d’accès sont interdites aux véhicules et ont été obturées par une administration soupçonneuse, nous en reparlerons plus loin. [*]
Si le relief est tourmenté, notamment sur le territoire de Saint-Pierre et d’Aspremont, il est remarquablement plan et horizontal dans le secteur d’Aspres. ni creux ni bosse, un « billard » de 3000 m environ, dont la largeur est variable, en raison des caprices de la bordure.
Les desseins du divin créateur accordaient certainement vocation d’aérodrome à cette magnifique plate-forme. Dans un département ou les aérodromes sont rares: Saint-Crépin, à proximité de Briancon et Tallard, aux portes de Gap. Chevalet est certainement le terrain le plus original et le plus séduisant que la nature puisse mettre à la disposition des aviateurs.
La conjonction de tant de facteurs favorables ne devait pas échapper au Ministère de l’ Air, qui, dès 1928, attacha un intérêt majeur à la plate-forme du Chevalet. La motivation du Ministère se fonda sur l’opportunité d’assortir la Base Militaire Aérienne de Lyon – Bron d’une base avancée en lisière de la frontière Franco-italienne, aux fins d’assurer la couverture du secteur sud de la zone fortifiée de Briançon.
La concrétisation ne devait pas tarder, puisque, dès lors, la municipalité d Aspres sur Buech est invitée à envisager la cession à l’ Armée de l’ Air, d’une emprise conforme aux exigences d’un Aérodrome.
Le Conseil Municipal, dans son assemblée de septembre 1929, accueille favorablement la requête des demandeurs. Lors de cette même réunion, le Conseil vote la décision de céder à l’Administration des Domaines, le territoire défini comme suit :
- 40 hectares de parcelles communales,
- 43 hectares, 23 centiares de parcelles privées,
soit 83 hectares 23 centiares constituant l’emprise de l’actuel aérodrome. La cession est négociée à raison de 20 centimes le mètre carré.
La commune d’Aspres amputait ainsi une portion de son patrimoine, tandis que des propriétaires privés se défaisaient d’une surface importante du terroir de leurs ancêtres. Cette décision témoignait d’un civisme manifeste s’exerçant au profit de la Défense Nationale.
La perspective de la création d’un aérodrome s’assortissait assurément de certaines hypothèses de prospérité auxquelles ne pouvaient que souscrire un village, aux ressources modestes par ailleurs.
Ces présomptions ne se sont pas vérifiées ; certes l’aérodrome a apporté à Aspres un « privilège » et une notoriété auxquels la population est sensible, mais l’Armée de I’Air n’a jamais envisagé une implantation permanente et bénéfique pour l’économie du pays par la présence d’effectifs sédentaires…
Du reste, par la suite, la défense nationale a définitivement abandonné la jouissance de l’aérodrome. Celui-ci a été concédé, par l’administration des domaines à la Direction de I’Aéronautique Civile, qui en est actuellement concessionnaire.
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La population ne tirerait aucune amertume de cet échec de la prospérité, si d’autres incidences dans la présence de l’aérodrome, n’étaient décevantes :
Vous tous, enfants du pays de la vallée du Buëch, savez ce qu’est l’amour du terroir, C’est l’amour de la terre de nos ancêtres, sur laquelle vous souhaitez promener, évoquer la silhouette du grand-père derrière sa charrue, et la jument grise dont l’écurie est vide maintenant. C’est aussi voir une ruche pleine d’abeilles, faire fuir un lapin entre les buissons, cueillir la fleur sauvage, le brin de lavande ou de thym.
