Cardonville

PaysFrance
DépartementCalvados
NomCARDONVILLE
Autre appellationALG A-3
Commune (s)CARDONVILLE
Coordonnées49° 21' 04'' N / 01° 03' 19'' W
OACIN/A
SituationA l’est d’Isigny sur Mer au fond de la baie des Veys
UtilisationAérodrome américain 2eme GM

ALG « Advanced Landing Ground », pouvant être traduit en français par « Aérodromes de l’avant » dont l’aménagement, au plus prés de la ligne de front, pouvait apporter rapidement un soutien aux troupes engagées.
ALG B : Terrains Anglais – ALG A : Terrains Américains
Codification A-3, nom de code FORTRESS

Construction par le 816th EAB (Compagnie A)

Date de début de la construction : 10 juin 1944

Date de mise en service opérationnelle : 14/19 juin 1944

Fin d’activité opérationnelle : 1er septembre 1944

Unités présentes sur le terrain :

  • 368th Fighter Group 9th Air Force/IX Tactical Air Command/71st Fighter Wing
    – 395th Fighter Squadron (A7). Arrivée le 19 juin 1944. Départ le 27 août 1944.
    – 396th Fighter Squadron (C2). Arrivée le 20 juin 1944. Départ le 27 août 1944.
    – 397th Fighter Squadron (D3). Arrivée le 16 juin 1944. Départ le 27 août 1944.
  • 370th Fighter Group 9th Air Force/IX Tactical Air Command/71st Fighter Wing/QG
    – 402nd Fighter Squadron (E6). Présent du 27 juillet au 15 août 1944 (date du transfert vers A-19 La Vieille).
  • 39th Field Hospital Lieu-dit Le Château.
  • 225th AAA Searchlight Battalion/Batterie « B », 49th AAA Brigade/18th AAA Group puis transféré, le 1er juillet 1944 au 17th Group avant d’être rattaché, le 30, à la 55th AAA Brigade.

–oOo–

Historique

François Robinard

Terrain du premier Fighter Group basé entièrement en France

Plan du terrain (Crédit Ed Heimdal)

La compagnie A du 816th Engineer Aviation Battalion débarqua à Omaha le 9 juin à 9 heures et se dirigea sans attendre vers le petit village de Cardonville à 5 km au sud de Grandcamp pour préparer le terrain choisi. Après un examen approfondi des lieux, l’axe de la piste fut déterminé et le terrain déclaré ouvert aux travaux. Le reste du bataillon rallia le site dès son débarquement mais la distance entre Omaha et Cardonville était difficile à franchir par les engins de terrassement sur une route peu large et encore mal sécurisée. Les hommes étaient lourdement chargés et habillés de vêtements imprégnés de substance anti-gaz, ce qui accentuait la sensation de chaleur et la sudation. Le bataillon arriva à Cardonville à temps pour aider les Rangers à nettoyer les dernières poches de résistance et il fit 13 prisonniers. Le travail commença après le souper du soir. Le premier bureau du quartier général du bataillon était installé dans la ferme de M. Lecarpentier à Cardonville.

Si la postérité a gardé le chiffre alphanumérique des terrains. Sur le terrain, à l’époque, figurait surtout le panneau indiquant le nom de code de celui-ci : A 3 était « Fortress » 

(Coll. François Robinard)

La pose de grillage effectuée sous la surveillance des Rangers qui avait préalablement sécurisé le secteur. Ici un de ceux-ci monte encore la garde fusil à l’épaule autour des sapeurs (Coll François Robinard)

Le 10 juin, le travail sur le futur site de A3 se poursuivit par l’abattage des arbres et des haies et le surfaçage du terrain. Travaux qui se poursuivirent le lendemain. Le 14 juin à 6 heures du matin, la piste était à 50% recouverte de grillage SMT ainsi que les points d’attente et de regroupement à chaque extrémité. Le 1er P 47 se pose alors sur le terrain qui est déclaré opérationnel. Il appartient au 368th Fighter Group. Le 16 juin, le 397th F.S. (code D3) y est entièrement basé, suivi, les 19 et 20 juin des 2 autres squadrons du Group, les 395th (code A7) et 396th (code C2). Le 368th Group devient ainsi le 1er à devenir entièrement opérationnel sur le Continent.

Un des premiers P-47 Thunderbolt au roulage sur un taxi-way fraîchement aménagé. Extrait de film du signal corps – capture d’écran – (National Archive USA)

Au soir du 20 juin, la construction du terrain est déclarée terminée. Le Group avait à sa disposition une piste de décollage de 5000 pieds de longueur (1 524 m) recouverte de SMT. 2,5 miles (4 km) de taxi-ways et 75 places de stationnement.

Un parking est maintenant complétement opérationnel et peut accueillir les P47 du 368th FG (National Archive USA)

Un détachement de maintenance resta à Cardonville tandis que le reste du bataillon se dirigea sur Deux-Jumeaux pour commencer les travaux sur le site de A-4 .

Les tentes du personnel plantées sous le couvert des haies encore nombreuses dans cette région cidricole où la terre est partagée en vergers plantés de pommiers et l’élevage de bovins intense (Coll. François Robinard)

Jusqu’à la fin du mois d’août, bien que basé sur ce dernier terrain, le 816th E.A.B. continua à assurer l’entretien et l’agrandissement de A-3 et c’est ainsi que le 28 juillet les P 38 du 370th F.G. arrivèrent pour partager le terrain avec les P 47 du 368th F.G.

Le 39th Field Hospital

Le 816th engineer n’a pas construit que les pistes, les taxi-ways et les zones de parking. Il a aussi participé à l’installation du 39th Field Hospital sur le terrain de Cardonville au lieu-dit le Château en plein centre du site de A3. Le personnel du 39th a débarqué à Omaha le 22 juin à 19h30. Le 23, il est à pied d’œuvre à Cardonville. Une ancienne habitante des lieux, Marie L., qui avait alors 25 ans nous a rapporté une anecdote concernant la surprise des habitants en voyant une « horde de soldats de couleur » arrivant par camions entiers pour installer l’hôpital. Ce sentiment était encore amplifié par le fait qu’ils n’avaient pas le droit d’avoir le moindre contact avec la population. N’ayant pas trouvé trace de soldats noirs dans les effectifs des EAB, il s’est avéré que ces soldats faisaient partie d’une unité du « Transportation Corps » venant décharger le matériel nécessaire à l’édification de l’hôpital de campagne.
Nombreux furent les civils normands de la Région qui bénéficièrent des soins apportés par le service médical américain parmi lesquels les médecins étaient d’une extrême gentillesse rapporte encore Marie (propos recueillis en 2009 à la maison de retraite d’Isigny sur Mer)

Le premier Group entièrement basé en Normandie

Lorsque débutèrent les opérations du Débarquement, le 368th fut, en compagnie des 365th et 366th FG, à la pointe du combat au-dessus d’Omaha. En menant sans cesse des reconnaissances armées au-dessus du secteur des plages, le Colonel Myers et ses hommes contribuèrent à rétablir une situation fort compromise ainsi que le soulignèrent Brereton et Montgomery à Quesada qui leur répondit modestement que cela était probable mais que seule l’Histoire jugerait de la valeur de leur action.
Le 13 juin, les P 47 du Group se posèrent sur A6 pour ravitailler alors que leur terrain, A3, était en cours de finition. Cette action, somme toute ordinaire, en faisait pourtant le 1er Group à se poser de manière opérationnelle sur le Continent et à y mener une action de guerre depuis la Normandie.
La piste de A 3 avait été tracée en 2 jours, mais il restait à aménager le reste. En attendant A6 fut utilisé durant 6 jours en tant que refuelling and rearming strip.
Le 19 juin, tous les avions du Group se posent sur A 3, où il restait encore bien des aménagements à faire, pour y demeurer sans avoir à retourner en Grande-Bretagne.
Le 20 juin, commencent les opérations en appui du VIIème Corps contre Cherbourg. Jusqu’au 29, le Group se distingue au Mont Castre et dans les attaques en piqué sur le port juste avant sa rédition.

Le 27, le 402nd squadron du 370th Group équipé de P 38 les rejoint sur A 3, l’autre partie du Group est sur A 4 à Deux Jumeaux.
Après avoir guerroyé un peu partout en Normandie au profit de la FUSA, le 368th Group la quitte pour Chartres sur A 40 à la fin du mois d’août.

 Le P 38J baptisé d’après le nom de son épouse « Margie II » était la monture du Major James E. Tucker C.O. du 402nd Squadron qui fut abattu et tué dans cet avion le 10 août 1944.

Le 17 juillet fut une journée marquante dans l’histoire du squadron. En effet, c’est le 402nd qui fut choisi pour effectuer la première mission où le napalm allait être utilisé dans le théâtre d’opérations européen. (E.T.O.). L’état-major du group l’avait choisi sans doute parce que les plus anciens du squadron avait déjà expérimenté cette arme à Eglin Field en Floride avant la formation du Group. Cette arme terrible était, comme toute arme nouvelle, encore auréolée d’un halo de mystère qui faisait de ces pilotes des hommes expérimentés.
Douze avions du 402nd décollèrent dans la soirée pour les environs de Coutances, objectif des installations camouflées près d’un dépôt ferré de marchandises. Le Colonel Nichols commandait le dispositif et 2 P 38 droop-snoot (nez vitré permettant l’emport d’un bombardier ou d’un observateur transformant ainsi le P38 en biplace) dans lesquels avaient pris place 2 Lt Colonels du Haut Etat Major pour observer les résultats de l’attaque. Neuf avions larguèrent 18 bidons tandis que les 3 autres mitraillèrent l’objectif en feu. L’attaque fut menée en léger piqué à partir de 3500 pieds (1200mètres) à une vitesse d’environ 500km/h. Le largage fut effectué à environ 300 mètres de l’objectif et les bidons se détachèrent en tournoyant car ils n’avaient pas d’empennages comme les bombes. Le résultat fut impressionnant. 7 bombes touchèrent directement les constructions. L’une d’entre elles tomba sur le sol mais le liquide enflammé se répandit jusqu’à un entrepôt auquel il mit le feu. Les boules de feu couronnées de fumées noire et épaisse s’élevèrent à plus de 30 mètres.
Le rapport effectué par le colonel Nichols à la suite de cette mission disait en substance que c’était assurément une arme efficace contre les objectifs militaires ou les entrepôts mais qu’il fallait éviter de l’utiliser sur des objectifs proches de populations civiles tant ses effets étaient terrifiants. Il pensait qu’une attaque menée par 4 avions armés de bombes au napalm valaient 9 avions chargés de bombes classiques.

Groupe de pilotes devant la tente bar du terrain (photo 368th FG avec son aimable autorisation en 2011)

Un P47 en maintenance auprès d’une ferme.

De nombreuses fermes étaient situées tout autour du terrain ou à proximité, et leurs étables et hangars divers et variés servirent pour la plupart d’entrepôts pour les unités d’entretien et les mécaniciens stationnés sur A-3 qui le plus souvent y logeaient. Les avions en maintenance ou à réparer étaient alors remorqués (ici par un tracteur chenille Claytrac) au plus près afin d’éviter au personnel de longs trajets et ainsi perdre moins de temps pour exécuter leurs tâches. Il est à noter que cet avion portait sur son flanc un superbe « nose-art » représentant une non-moins superbe pin-up dans une tenue plus que légère qui répondait au nom suggestif et à double sens de « Miss Second Front » mais si cette pratique était largement utilisée, et même encouragée pour le moral, elle était, comme c’est toujours le cas aux USA, très mal vue et même décriée par les ligues de vertu aux USA si bien qu’elle a disparu des clichés, d’autant plus que cette photo était destinée à la revue de grande distribution « Life magazine » (photo US Signal Corps)

–oOo–

Pour plus d’information, nous vous recommandons le livre de François Robinard.