René Crozet passe de nouveau le mardi 29 mai 1962 à la Base américaine de Châteauroux, dans le département de l’Indre – 2 –

René Crozet passe de nouveau le mardi 29 mai 1962 à la Base américaine de Châteauroux, dans le département de l’Indre – 2 –

Par Didier DUBANT, membre 2A – mise en page Jean-Luc CHARLES

L’article du passage de René Crozet à Châteauroux en 1960 a présenté qui était ce personnage (- cf. article I -). Il faut savoir qu’il travaillait à Poitiers et que sa famille natale était à Romorantin ce qui explique les passages réguliers par Châteauroux. Voir article 1 pour 1960 et l’article 3 pour 1964 (à venir).

Base américaine de Châteauroux le mardi 29 mai 1962

Le mardi 29 mai 1962 lors d’un trajet Paris-Poitiers, René Crozet fait un arrêt à la Base américaine de Châteauroux/Déols :

« Déols – Arrivée en vue de la base américaine. Du sol, plusieurs Lockheed C-130, Douglas DC-3 et DC-4 à marques rouges, dont un à cocardes espagnoles. Un (Dassault) Mystère IV et un biréacteur américain à dérive bleue étoilée (McDonnell F-101 Voodoo). Beaucoup d’avions au sol vers le fond du terrain.

McDonnell F-101 Voodoo et un North American F-100D Super Sabre. Coll. 2A/Fonds René Crozet

McDonnell F-101 Voodoo et un North American F-100D Super Sabre. Coll. 2A/Fonds René Crozet

 

Douglas DC-3, Beaver DHC-2 au centre (peu visible) et la dérive d’un DC4 de l’armée Espagnole. Coll. 2A/Fonds René Crozet

Douglas DC-3, Beaver DHC-2 au centre (peu visible) et la dérive d’un DC4 de l’armée Espagnole. Coll. 2A/Fonds René Crozet

 

En vol un T-33, à réservoirs de bouts d‘ailes, qui vire au-dessus et va prendre le terrain par le S.W. Les halls le cachent. En fait, il reparait rasant le sol et remontant face au N.E. Il évolue assez haut et va se poser par le S.W.

Un C-130 roule au sol et va se placer ».

 

C-130 au roulage. Coll. 2A/Fonds René Crozet

C-130 au roulage. Coll. 2A/Fonds René Crozet

 

Décollage d’un Nord 1100 français qui file au N.

Décollage du C-130 qui monte vers le N. et vire au large à gauche.

Décollage du C-130 qui monte vers le N. et vire au large à gauche. Coll. 2A/Fonds René Crozet

 

Décollage d’un Mystère IV français qui file au N.E.

De l’W. arrive un Douglas DC-4 qui évolue lentement par le S.W. et va prendre le terrain disparaissant derrière les halls. Il revient en roulant, blanc, à marques rouges.

Un Beaver DHC-2 venant de l’W. descend directement, vire court à gauche sur les halls et se pose. Il est marqué de rouge. Au moment où il revient en roulant, un autre C-130 s’ébranle et va se placer. Il reparaît, décolle et monte lentement, virant au large à gauche.

Encore un T-33 au-dessus virant et allant prendre le terrain.

Nous avançons vers Déols et virant à gauche, nous nous installons – en fraude – sur l’accotement de la bretelle qui relie la route de Vatan-Déols à celle de la Martinerie.

Un T-33 évolue, va prendre le terrain au S.W., passe devant nous train baissé, rase la piste, rentre son train et remonte. Il évolue assez haut au-dessus, reprend la même manœuvre et repasse devant nous remontant encore » (Carnet de René Crozet, année 1962, pages 97 et 98).

 

Les évolutions d’un T 33

Les évolutions d’un T 33. Coll. 2A/Fonds René Crozet

 

Quelques jours plus tôt, le journal de la base américaine, l’AMFEA News, du Vendredi 4 mai 1962, en page 6 (qui était la page rédigée en français), avait annoncé « A Déols, un salon de l’aéronautique. Le dimanche 13 mai, de 12 à 18 heures, l’U.S. Air Force organise à Déols, un Salon de l’Aéronautique. Ce sera une présentation en vol et au sol des derniers modèles affectés aux unités de l’Air Force. Comme pour les années passées, l’aéroport de Déols, ce jour-là, sera ouvert à tous les visiteurs français et américains. Ceci permettra la visite des ateliers de réparation et de gros cargos type C-124 et C-130. Des snack-bars mobiles de l’AFEX permettront aux visiteurs de se rafraîchir et de goûter aux « hot-dogs ». Les soldats du feu donneront une démonstration d’extinction d’un incendie dans une carcasse d’avion ».

Le vendredi 11 mai 1962, en couverture l’AMFEA News titre : « Armed Forces Day – May 1962. Static Displays and Flyovers Set for CHAS Open House » (Journée des Forces Armées – Mai 1962. Expositions statiques et démonstrations aériennes prévues pour les portes ouvertes de Châteauroux Air Station). En bas de page sous le début de l’article annonçant de cette journée portes ouvertes la photographie d’un Douglas C-133 Cargomaster fut ajoutée avec comme légende : « La pluie n’était pas parvenue à empêcher la population locale de se déplacer en nombre à la base aérienne de Châteauroux pour la célébration de la Journée des Forces Armées en 1960. Voici un C-133 Cargomaster, l’un des nombreux avions qui seront exposés dimanche lors des portes ouvertes de la base ».

Photographie d’un Douglas C-133 Cargomaster prise en 1960 à Déols lors de la Journée des Forces Armées 1960. C’est ce cliché qui a été réutilisé en première page de l’AMFEA News du 11 mai 1962 pour annoncer la Journée des Forces Armées 1962. Collection Didier Dubant

En page 5 (la page en français) du numéro de l’AMFEA News du vendredi 11 mai 1962 on trouve également à nouveau l’annonce de la journée portes ouvertes : « Opération « portes ouvertes » à la base de Déols. Nous rappelons que tous les visiteurs pourront entrer à la Base de Déols, de 12 à 18 heures. De nombreuses démonstrations en vol par des avions à hélices, un hélicoptère et des avions à réaction seront faites par l’Armée de l’Air française et l’Air Force. Les personnes intéressées pourront également voir de près chasseurs et gros cargos et visiter les ateliers de réparation ».

L’AMFEA News du vendredi 18 mai 1962 dans sa page 6, qui est la page en français, fait le point sur la journée portes ouvertes du dimanche 13 mai 1962 expliquant que « Le salon aéronautique a remporté un grand succès. Mis sur pied dans un délais des plus courts, le programme des activités prévues pour le jour des Forces Armées U.S. à Châteauroux a connu un vif succès. Dès le début de l’après-midi, une file interminable de voitures progressait lentement vers la Base de Déols. Malgré l’inclémence de la température, piétons et cyclistes se rendaient également très nombreux à Déols, pour visiter les stands d’exposition et divers avions dont l’accès était exceptionnellement permis. Un important service d’ordre – Air Police, gendarmes de l’Air, agents civils de police – permit de canaliser le flot des visiteurs évalué à plus de 20.000. Les techniciens américains et Français répondirent avec compétence et gentillesse à toutes les questions des visiteurs curieux et intéressés ». « Il y eut également quelques acrobaties et des évolutions par des appareils à hélices. Plusieurs passages à basse altitude furent effectués successivement par des C-54, F-101, F-102, F-105. Trois T-33 effectuèrent un vol de formation et deux appareils de l’Armée de l’Air française, un « Fouga-Magister » et un « Vautour » firent également une démonstration. Les ateliers de réparation de la SERIMA étaient accessibles au public. Des chefs de service donnèrent les renseignements sur leur spécialité et le fonctionnement de l’usine… …Vers 18h30, les cinq « mobile trucks » de l’AFEX qui, stationnés près du hangar, avaient distribué un nombre incalculable de hot-dogs, sandwiches, glaces et tablettes de chewing-gum, s’ébranlèrent lentement et suivirent les voitures qui convergeaient vers la sortie ».

Mais sur la même page on apprenait à la lecture d’un autre article, une nouvelle importante concernant l’avenir de la Base américaine de Châteauroux-Déols : « Au 1er Juillet dissolution d’AMFEA. Le quartier Général des Forces Aériennes U.S. en Europe, et le Commandement des Services Logistiques annonçaient, la dissolution d’AMFEA au 1er juillet 1962. Jusqu’à présent la Base de Châteauroux était rattachée au Quartier Général des Service Logistiques aériens situé aux Etats-Unis. A compter du 1er juillet 1962, la Base de Châteauroux sera directement reliée au Quartier Général des Forces Aériennes U.S. en Europe à Wiesbaden Allemagne ».

En effet le dimanche 1er juillet 1962, suite à la dissolution de l’AMFEA, Châteauroux Air Station (CHAS) commença à opérer en tant que 7322d Air Base Wing de l’USAFE, sous le commandement du colonel George W. KINNEY. Châteauroux Air Station dépendant désormais de la 322ème Air Division, USAFE d’Evreux-Fauville AB (27) qui était placée sous le commandement du colonel Charles W. HOWE, qui lui-même agissait sous l’autorité du Quartier Général des Forces U.S. en Europe à Wiesbaden (Allemagne) (“Base ready for new job under USAFE, 322d Air Division ” – AMFEA NEWS du 29 juin 1962 p. 1, SABRE BLADE du 6 juillet 1962 “Change of command ” p. 1, “La base est prête à assumer ses fonctions avec la 322ème Air division USAFE ” p. 6).

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Ultime preuve de l’évolution du contexte international, le mardi 4 décembre 1962 vers neuf heures du matin une délégation de personnalités françaises du département de l’Indre s’envola de la base américaine de Châteauroux-Déols à bord d’un quadrimoteur C-54 de l’U.S. Air Force (la version militaire du DC-4) à destination de Berlin. Ce “voyage d’information” était organisé par les autorités américaines stationnées en Europe et par l’Air Force Base de Châteauroux, « afin de permettre à ceux qui avaient été invités de témoigner de la situation de la ville partagée en différents secteurs » (pour mémoire le mur de Berlin avait été érigé dans la nuit du 12 au 13 août 1961) : « …le chef-pilote et commandant de bord, le major TIMMERMANS » était « le seul pilote de la base de Déols entraîné et agréé pour circuler dans les couloirs aériens de Berlin.” (La Nouvelle République :  du mercredi 5 décembre 1962 p. 2, “Le voyage outre-Rhin de la délégation de l’Indre. La visite de Berlin-ouest a permis de rencontrer des Berrichons dans le secteur français” mardi 11 décembre 1962 p. 3 et jeudi 28 février 1963 p. 6, SABRE BLADE du 14 décembre 1962 p. 6).

 

Illustration des couloirs aériens qui ont permis le ravitaillement des habitants de Berlin Ouest en 1948-49.

Légende d’un journal Suisse qui, vers 1948 parlait de ce PONT Aérien :

« A l’aérodrome de Berlin-Tempelhof. Photo de nuit, « la colonne des avions ravitailleurs » a déposé ses tonnes de marchandises. Puis, à la file indienne, les appareils reprennent leur vol vers Hambourg, Hanovre et Francfort pour recevoir de nouvelles cargaisons à destination de la capitale encerclée. » Collection Anciens-Aérodromes

 

Sources

  • Labande (Edmond René), Heitz (Carol), Salet (Françis) – René Crozet (1896-1972). In Cahiers de civilisation médiévale, 15e année (n° 58), Avril-juin 1972, p. 163-175.
  • Dubant (Didier). – Base américaine de Châteauroux-Déols 1951-1968, Provinces Mosaïques, éditions Alan Sutton 2008, 144 pages.