Genèse de la création de l’Aérodrome de Châteauroux – Villers – 5
Par Didier DUBANT, membre 2A, membre de l’Aéro-Club de Châteauroux – mise en page Jean-Luc CHARLES
Avant la seconde Guerre Mondiale
Le jeudi 30 septembre 1937 en présence d’un délégué du ministre de l’Air, Monsieur R.-P. Courthéoux (l’auteur de l’ouvrage Créons des Aérodromes), le projet d’installation de l’aéronautique civile à 300 mètres au nord des établissements Bloch de Déols (36) est approuvé lors d’une réunion à la préfecture. Le coût de construction d’une desserte et d’un bâtiment est estimé à 600 000 F. L’État prenant 200 000 F à sa charge, le Conseil Général 200 000 F et le groupement des collectivités intéressées : ville de Châteauroux, ville de Déols et Chambre de Commerce de l’Indre devant aussi se répartir 200 000 F (source : Le Progrès de l’Indre du samedi 2 octobre 1937 p. 4, séance du Conseil Municipal de Déols du 20 octobre 1937 et Le Département du vendredi 18 novembre 1938 p. 3). Finalement faute d’accord sur le financement, rien ne fut fait et le dimanche 20 février 1938, l’Aviation Civile (Aviation Populaire et Aéro-club) ayant quitté le site de La Martinerie, s’installa, seule, au nord du terrain de l’usine d’aviation Bloch de Déols, qui fait partie de la Société des Avions Marcel Bloch devenue le 16 janvier 1937 la Société Nationale de Constructions Aéronautiques du Sud-Ouest (SNCASO) (source : Le Département de l’Indre du lundi 21 février 1938, page 3).
Après 1945
Avant d’aller à Châteauroux – Villers il est bon de présenter cette photo de l’IGN qui montre le terrain de Déols en 1950. Nous verrons donc la surface du terrain avec ses installations de la SNCASO sur la gauche du cliché.

© IGN – Photographie aérienne – F1825-2125_0166. – « Remonter le temps », date : 1er mai 1950.
Le mercredi 4 juillet 1951, pour loger les premiers soldats américains un village de tentes : « Tent City » est implanté à la Martinerie et le lendemain le 5 juillet 1951 un décret déclare d’utilité publique et urgents les travaux à réaliser pour « l’installation d’entrepôts sur les aérodromes de Châteauroux – Déols et de Châteauroux – La Martinerie ». Le 3 août 1951, « les forces de l’armée de l’air américaine ont pris officiellement la direction de l’usine de la S.N.C.A.S.O. où le matériel a été évacué à l’exception toutefois de fraiseuses, de tours et des mécaniques. Un matériel américain arrive depuis le 1er août et les ouvriers français en collaboration avec les techniciens américains montent des machines » (La Nouvelle République 3 août 1951).
D’imposants travaux (c’est-à-dire la réalisation d’une piste en béton) devant affecter la piste en herbe qui se trouvait immédiatement à l’est des bâtiments de l’usine d’aviation de Déols, l’Aéro-Club devait trouver d’urgence un nouveau terrain.

Extrait de l’image précédente qui montre le Nord du terrain de Déols en 1950. Entouré en rouge le hangar et les avions de l’Aéro-Club avant les grandes transformations. © IGN – Photographie aérienne – F1825-2125_0166. – « Remonter le temps », date : 1er mai 1950.
Le dimanche 14 octobre 1951, le Conseil Municipal de Saint-Maur (36) examine la question de l’implantation d’un projet d’Aérodrome sur le territoire de la commune : « Le Maire donne lecture au Conseil Municipal d’une lettre de Mr. MIOT Maxime, propriétaire cultivateur aux « Planches » par laquelle celui-ci fait connaître qu’au cours de l’été dernier, il avait été l’objet de pressentes sollicitations des dirigeants de l’Aéro-Club du Centre, en vue d’obtenir la cession d’une importante superficie de terrain lui appartenant, face à la gare (de Saint-Maur) pour l’aménagement d’un terrain d’aviation, sollicitations auxquelles il avait opposé des refus formels et que récemment il avait reçu de l’Administration des Ponts et Chaussées une lettre lui demandant de faire connaitre s’il consentait une cession amiable et à ce que les agents de cette administration pénètrent sur sa propriété pour des levées de plans – Qu’il avait encore opposé un refus formel et qu’il demandait au Conseil Municipal de se prononcer sur la question dans l’intérêt général et dans celui particulier des habitants de la Commune.
Le Maire indique qu’il a reçu une lettre semblable de Mr GATEFIN, propriétaire cultivateur aux « Planches » et demande au Conseil de délibérer sur cette question.
Le conseil :
Considérant qu’il est à la connaissance des membres du Conseil Municipal que l’Aéro-club du Centre, qui avait un terrain d’atterrissage à l’Usine (d’aviation) Bloch (sur la commune de Déols – 36) est obligé de vider les lieux par suite des travaux effectués pour le compte de l’Armée Américaine, et que ses dirigeants ont fixé leur choix sur les terrains appartenant à MMrs MIOT & GATEFIN, face à la gare, pour y transporter leurs installations ;
dit qu’il parait illogique de vouloir installer au centre d’une exploitation agricole, dans d’excellentes terres de cultures, ayant forcément une grande valeur, un terrain d’aviation, alors qu’il existe dans un rayon d’ailleurs rapproché, d’autres terrains, n’ayant aucune valeur culturale, pouvant être aménagés sans grand frais, qui paraissent convenir à l’usage et dont la cession serait peu onéreuse.
Qu’à proximité des terrains de MMRs MIOT & GATEFIN il existe deux lignes de Haute-Tension, un important dépôt d’hydrocarbure ; la voie ferrée Châteauroux-Tours à 200 mètres, avec la gare et enfin l’important hameau de Bel’Air. Que l’évolution d’avions à basses altitudes, pilotés par des débutants, constituerait un danger certain.
Que si le projet actuel était réalisé, il aurait pour effet de réduire dans une grande proportion la production en céréales de MMRS MIOT & GATEFIN. Qu’ils se trouveraient dans la nécessité de supprimer leurs vaches laitières et de ce fait la population du bourg et les laitiers ramasseurs éprouveraient des difficultés à se procurer du lait, puisqu’ils en sont les principaux fournisseurs.
L’opinion publique s’est fortement émue de ce projet et les Membres du Conseil ont reçu de nombreuses doléances à ce sujet.
Enfin sans méconnaître l‘intérêt poursuivi par l’Aéro-Club du Centre, il apparaît au Conseil qu’il ne s’agit que d’une simple société civile ne pouvant prétendre à de plus amples droits que n’importe quel particulier.
Décide à l’unanimité de demander à Mr le Préfet d’intervenir auprès des dirigeants de l’aéro-Club du Centre et au besoin de l’Administration des Ponts et Chaussées, qui semble s’être substitué à l’Aéro-Club, dans son intervention auprès des propriétaires intéressés et d’orienter ceux-ci dans la recherche de terrains mieux appropriés et sur lesquels l’évolution d’avions ne présentera aucun danger – dont l’acquisition ne portera aucun préjudice à la collectivité – le tout dans l’intérêt de la population de la Commune de S(ain)t-Maur » (Archives Municipales de Châteauroux, dossier aérodromes).
Le samedi 17 novembre 1951, le journal La Nouvelle République, en page 3, titre :
« Les américains à Châteauroux. Une piste en béton, capable de recevoir tous les avions est activement construite à la S.N.C.A.S.O. ».
L’article précise : « Les autorités américaines ont présenté hier au cours d’une conférence de presse les travaux d’aménagement d’une piste en béton sur le terrain de l’usine de la S.N.C.A.S.O. de Déols. C’est dans un fracas épouvantable que les pelleteuses et les énormes tracteurs « Caterpillar » procèdent à l’heure actuelle, aux différents travaux de terrassement. Cette piste sera capable de permettre l’atterrissage de toutes sortes d’avions arrivant en France au titre du P.A.M. (Programme d’Assistance Militaire), avions qui seront entretenus par l’usine de Déols. C’est l’entreprise Valbi-Mosec de Paris, qui procède à la construction de cette piste en béton qui sera la plus moderne de son genre en France.
Les premières démarches pour la construction de la piste étaient faites il y a un mois seulement. Il était ensuite procédé à l’enlèvement du gazon, opération précédant le début des terrassements commencés il y a trois semaines. Un véritable quartier général était établi aux abords de la piste par les entrepreneurs chargés de cette réalisation. Dans des bâtiments élevés à une allure record, nous trouvons un laboratoire pour les essais de matériaux complètement équipé, des magasins, une infirmerie, des bureaux. On prévoit l’établissement d’un réservoir d’eau et de quatre bâtiments pour la fabrication d’une quantité énorme de béton qui constitue le principal matériau de cette piste. En plus de la piste proprement dite, les entrepreneurs construiront une piste de circulation qui sera reliée aux deux extrémités de la piste d’envol, des aires de stationnement qui remplaceront celles de la S.N.C.A.S.O. existant actuellement et une aire en dur pour les essais de moteurs.
Après les terrassements un réseau d’égouts facilitera l’écoulement des eaux pluviales de la piste et des environs. Les terrassements se poursuivent avec un équipement très moderne français et américains y compris les lourds tracteurs « Caterpillar ». Le personnel français travaillant sur le chantier augmente progressivement en rapport avec les travaux entrepris et les logements disponibles dans les environs … ».

Une partie de l’extension de l’aérodrome de Châteauroux-Déols. © IGN – Photographie aérienne – F2025-2425_0119. – « Remonter le temps », date : 4 avril 1959
Le jeudi 10 janvier 1952, le même journal indique « …Les services américain d’information nous ont entretenu hier, d’une part de la piste en ciment qui est construite à la Base de Déols, d’autre part de la cantine de la S.N.C.A.S.O. qui est agrandie et réaménagée par l’entreprise Rutard.
Commencée depuis le mois d’octobre (1951), la piste est déjà assez avancée. Sur le vaste terrain de la S.N.C.A.S.O. des centaines d’ouvriers sont à pied d’œuvre. On peut voir quatre chantiers où le béton est fabriqué. Le terrain est nivelé, aplani par de puissants engins mécaniques. A l’autre extrémité en direction de Paris et à proximité de l’aviation civile (en fait le bâtiment de l’Aéro-club qui n’a plus que quelques mois à vivre), un autre chantier a surgi. Les ouvriers vont édifier un bâtiment à cet endroit. Ce sera un laboratoire d’essai. Il abritera également des bureaux du service de stockage et de répartition du matériel destiné aux pays du Pacte de l’Atlantique.
Pour en revenir à la piste, celle-ci mesurera 2 km 800 de longueurs et 65 mètres de largeur. Elle partira des bâtiments de la S.N.C.A.S.O. situés en direction de Châteauroux et se déroulera dans la direction d’Issoudun. Elle longera donc en biais la route nationale de Vatan et sera à peu près parallèle à la route d’Issoudun. C’est l’entreprise Valbi-Mosec de Paris, aidée par d’autres entreprises qui effectue les travaux sous la direction des Ponts et Chaussées. Un groupe important d’ouvriers, une cinquantaine environ, travaillent à l’extraction de la pierre, à la carrière Taillibert qui servira bientôt à faire la surcouche de la piste. On pense que si le bétonnage et les travaux marchent normalement, la piste de Déols sera prête pour le 1er juin » (La Nouvelle République du 10 janvier 1952, page 3).
Le vendredi 18 juillet 1952, le Préfet de l’Indre écrit aux maires de Châteauroux et de Saint-Maur : « Par suite de la mise à la disposition des autorités américaines, au titre de l’assistance aux armées alliées des aérodromes de Châteauroux-Déols et Châteauroux – La Martinerie, l’aviation civile se trouve momentanément privée d’aérodrome aux abords de la ville de Châteauroux.
Des études ont été faites par le Service Technique des Bases Aériennes à Paris et le choix a été arrêté sur un terrain situé à Saint-Maur.
L’avant-projet a été dressé et pris en considération par M. le Ministre des Travaux Publics. Une conférence entre les différents services intéressés est actuellement en cours.
D’autre part, il est prévu que les Conseils Municipaux intéressés doivent être consultés.
C’est pourquoi, je vous transmets, sous ce pli, en communication, le dossier se rapportant à cette affaire et vous demande de le soumettre dans le délai d’un mois à l’assemblée communale.
Vous voudrez bien m’adresser, en double exemplaire la délibération qui interviendra » (Archives Municipales de Châteauroux, dossier aérodromes).
Le dimanche 10 août 1952, le Maire de Saint-Maur donne lecture devant les membres du Conseil Municipal d’une lettre du Préfet de l’Indre en date du 18 juillet 1952, « demandant à l’Assemblée de prendre une délibération avec avis motivé sur l’avant-projet de création d’un aérodrome dans la commune de Saint-Maur, au lieu-dit « les Planches » et dépose sur le bureau le plan de Masse de cet avant-projet.
Le Conseil Municipal après avoir pris connaissance de ce plan, considérant que certains points de ce plan sont inexacts :
- le Hameau de Bel-Air marqué comme peu important a en fait 284 habitants,
- à 200 mètres de l’Aérodrome prévu se trouve la gare des voyageurs et la gare de marchandise avec son quai d’embarquement où un gros trafic de grains et betteraves s’effectue,
- le dépôt d’hydrocarbure, avec ses réservoirs d’une capacité de 900.000 (litres) d’essence, jouxtant la gare de marchandise, n’est pas mentionné,
- la nature du sol, qui est marquée sur l’avant-projet comme sablonneuse, est en réalité argilo-calcaire et sur une partie formée de glaise, complètement imperméable et par temps humide absolument impraticable –
pour toutes ces causes et vu sa délibération du 14 octobre 1951 et la pétition de la totalité des habitants de Bel’air, remise à la préfecture ;
le Conseil Municipal émet à l’unanimité, un avis défavorable à la création de cet aérodrome à l’endroit prévu à l’avant-projet.
Le Conseil Municipal rappelle qu’il n’est pas hostile à la création sur le territoire de la Commune d’un aérodrome, mais estime que s’il avait été consulté il pouvait signaler d’autres terrains plus appropriés et moins dangereux » (Archives Municipales de Châteauroux, dossier aérodromes).

Plan de situation des lieus cités dans cet article : Par rapport à Châteauroux, Déols au N.N.E., la Martinerie à l’E, Châteauroux – Villers O.O.N., Saint Maur à l’O. et Villers-les-Ormes au N.O. L’aérodrome de Châteauroux – Villers se situe entre St Maur et Villers-les-Ormes. Plan IGN
Le mercredi 27 août 1952, le Conseil Municipal de Châteauroux donne son « Avis sur le projet d’Aérodrome Châteauroux-Saint-Maur » : « … L’avant-projet qui résulte d’études effectuées par le Service Technique des Bases aériennes à Paris, est établi sur un terrain situé à Saint-Maur, dans l’éventail formé par la route Nationale 725 et la voie ferrée Châteauroux-Tours, à une cote moyenne de 156 mètres environ.
Aucune route carrossable n’est affectée par la construction de l’aérodrome, aucun projet d’urbanisme n’est prévu aux abords immédiats de la plate-forme.
La desserte de la ville de Châteauroux, à partir de cet aérodrome, est facilement assurée par la route nationale 725… », mais ajoute ensuite « le Conseil fait (cependant) sienne les conclusions adoptées par le Conseil Municipal de S(ain)t-Maur dans sa séance du 10 août 1952 » (Archives Municipales de Châteauroux, dossier aérodromes).
Le lundi 13 octobre 1952, le journal La Nouvelle République annonce que l’entreprise Walby-Mosec licencie 600 ouvriers travaillant sur les chantiers américains : « On sait que dans le bâtiment le préavis de licenciement est d’une heure. C’est la raison pour laquelle la décision prise par l’entreprise Walby-Mosec qui a pris l’adjudication des travaux de construction de la piste américaine de Déols, n’a été connue qu’au dernier moment, à la fin de la semaine dernière. Cette décision est extrêmement grave, puisqu’il s’agit du licenciement de 600 ouvriers travaillant à la piste. L’entreprise emploie environ 1.000 ouvriers, c’est dire qu’en fait elle licencie près des deux tiers de son personnel. Les raisons invoquées. La piste de Déols est en voie d’achèvement. Les travaux n’ont pas marché aussi vite qu’on l’espérait ; mais ils ont néanmoins assez bien marché, compte tenu des difficultés de tous ordres qui avaient pu surgir. Il reste cependant beaucoup à faire pour parachever et perfectionner l’œuvre entreprise. Il reste notamment d’importants travaux de maçonnerie, mais d’un caractère assez spécial et qui demandent également beaucoup de personnel croyons-nous, surtout du personnel plus qualifié et spécialisé. Le courant peut être achevé très vite avec une main d’œuvre restreinte ».
Le lundi 15 décembre 1952, la piste en béton « de l’aérodrome américain de Déols » est mise en service : « pour la première fois la piste de l’aérodrome américain de Déols a été utilisée de façon officielle. Cette piste dont la construction a commencé voici près de deux ans, n’est pas encore entièrement terminée, mais une part importante l’est depuis quelques jours et a pu être mise en service … …Depuis hier, les avions arrivant à Châteauroux ne se posent plus à La Martinerie, mais sur la nouvelle piste de l’usine de Déols. Le premier qui s’est posé sur la piste de Déols a été celui venant d’Orly et qui amenait de très importantes personnalités politiques américaines arrivant des Etats-Unis après une courte escale dans la capitale française. A la tête de ce groupe de parlementaires on notait M. Olin Johnson, sénateur et le député au Congrès Charles Miller. A leur descente d’avion, vers 11 h, ils ont été salués par le général Hicks, entouré de quelques-uns des membres de son Etat-Major…. …Vers 12h30 le général Hicks a convié ses hôtes à un déjeuner très simple à l’Hôtel Sainte-Catherine » (journal La Nouvelle République du mardi 16 décembre 1952, page 4). Cette piste en béton, édifiée à l’emplacement de l’ancien champ d’aviation en herbe est alors longue de 2.517,64 mètres et sa largeur utile est de 63 mètres.
Le vendredi 11 décembre 1953, en page 4, le journal La Nouvelle République publie un article intitulé « L’Aéro-club de Châteauroux pourra-t-il disposer bientôt d’un terrain à Saint-Maur ? » : « L’installation de la base militaire de Déols a privé l’Aéro-Club de son terrain. Depuis longtemps déjà, cette société castelroussine, pourtant si vivante lorsqu’elle était en activité, est obligé de vivre dans l’état léthargique le plus complet. Quand à nouveau, les membres de l’Aéro-club pourront-ils reprendre l’air à bord de leurs « Stamps » ou de leurs planeurs ? C’est la question qui se pose avec la plus grande acuité et qui a d’ailleurs motivé une discussion lors de la récente session du Conseil Général. M. Max Hymans (2 mars 1900 – 7 mars 1961, président du Conseil Général de l’Indre de 1945 à 1951, président d’Air France de 1948 à 1961) avait en effet nettement posé le problème : Que devient l’Aéro-Club et quelle est sa situation présente ? ». Après avoir rappelé l’échec d’un premier projet, la suite de l’article annonce que les Services Agricoles et des Pont et Chaussées auraient donné leur accord pour « une terrain situé non loin du château d’eau du syndicat de la région Ouest, aux Galéteries, sur la commune de Saint-Maur. Il s’agirait d’une bande de 800 mètres de long sur 200 mètres de large ».
Le vendredi 14 mai 1954, le Préfet de l’Indre écrit au maire de Châteauroux : « Par suite de la mise à la disposition des autorités américaines au titre de l’assistance aux Forces Alliées des aérodromes de Déols et de La Martinerie, l’aviation civile et commerciale se trouve momentanément privée d’aérodrome aux abords de la ville de Châteauroux.
Un premier projet pour un terrain situé sur le territoire de la commune de Saint-Maur n’a pas abouti.
Une nouvelle étude a été faite par le service technique des bases aériennes à Paris, en liaison avec le service local chargé des questions aéronautiques. Le choix a porté sur un terrain situé au lieu-dit « Les Galéteries », commune de Saint-Maur et près de la commune de Villers-les-Ormes.
L’avant-projet a été dressé et pris en considération par M. le Secrétaire d’Etat aux Travaux Publics et à l’Aviation Civile à la date du 16 avril 1954.
D’autre part, il est prévu que les Conseil Municipaux intéressés doivent être consultés. C’est pourquoi, je vous transmets, sous ce pli, en communication, le dossier se rapportant à cette affaire et vous demande de le soumettre, dans le délai d’un mois à l’Assemblée communale… » (Archives Municipales de Châteauroux, dossier aérodrome).

Les Galéteries, juste au Nord de l’aérodrome et les Terrageaux au Sud. Plan IGN
Le lundi 14 juin 1954, le Conseil Municipal de Châteauroux répond concernant « le projet d’aérodrome Châteauroux Villers » : « Par lettre du 14 mai 1954, M. le Préfet de l’Indre a transmis à M. le Maire un dossier d’avant-projet, relatif à la création aux abords de la Ville d’un aérodrome destiné à l’aviation civile et commerciale, en le priant de recueillir l’avis du Conseil Municipal sur ce projet.
L’étude qui s’y rapporte a été faite par le Service Technique des Bases Aériennes à Paris, en liaison avec le Service Local chargé des question aéronautiques. Le choix a porté sur un terrain situé au lieu-dit « Les Galéteries », commune de Saint-Maur, et près de la commune de Villers.
L’avant-projet a été dressé et pris en considération par M. le Secrétaire d’Etat aux Travaux Publics et à l’Aviation Civile, à la date du 16 avril 1954.
Ce projet n’appelle aucune observation de la part des services techniques municipaux.
En conséquence, nous vous proposons d’émettre un avis favorable sur ce projet… …sous réserve de l’avis favorable de la commune de Saint-Maur » (Archives Municipales de Châteauroux, dossier aérodromes).
Un plan de « l’Aérodrome de Châteauroux-Villers Indre Classe D – Avant-projet de plan de masse » est dressé par l’Ingénieur du Service Technique des Bases Aériennes à Paris « Couppé » le 27 avril 1955. Il est approuvé par le Ministre des Travaux Publics des Transports et du Tourisme le 2 juin 1955 (Archives Municipales de Châteauroux, dossier aérodromes).
De mars à juin 1957, le géomètre expert Jacques Pelletier à la demande des Pont et Chaussées – Service Spécial des Bases Aériennes, situé à La Martinerie – Châteauroux, réalise le plan des terrains situés au lieu-dit « Les Terrageaux », commune de Saint-Maur, appartenant à divers propriétaires « et destinés à la construction de l’aérodrome de Châteauroux -Villers ». L’objectif est de délimiter le périmètre à acquérir (Archives départementales de l’Indre cote 882 W 220).
Le mercredi 27 novembre 1957 en page 3 le journal La Nouvelle République annonce : « Dès le printemps prochain L’Aéro-club de Châteauroux donnera des baptêmes de l’air aux « Galéteries » » : « Au printemps 1958, un terrain destiné exclusivement à l’aviation légère civile va fonctionner aux « Galéteries », en bordure des communes de Villers et de Saint-Maur, à six kilomètres de Châteauroux. L’Aéro-Club Castelroussin, en sommeil depuis 1950, reprendra donc prochainement un regain d’activité ».
L’article précise : « Lorsque les Américains s’installèrent à La Martinerie-Déols, le gouvernement français désira pallier la disparition d’un terrain réservé à l’aviation civile qui permettait aux appareils légers en détresse de se poser et donnait toute sa signification à l’Aéro-Club de Châteauroux obligé d’évacuer lui aussi les lieux (comprendre le terrain de l’usine d’aviation de Déols). Les Ponts et Chaussées, le génie Rural, le service des Bases Aériennes s’employèrent alors à résoudre ce problème, en étroite collaboration avec notre Aéro-Club local. M. Terrail, ingénieur des T.P.E. souligna les impératifs auxquels il fallait se plier : choisir le terrain à un des endroits les moins riches de la Champagne Berrichonne tout en n’étant pas éloigné de Châteauroux, éviter de causer des perturbations au trafic aérien de Déols-La Martinerie (la piste d’envol devant se trouver parallèle à celle (en béton) de Déols)… …M. Renard, du Génie Rural, signala ensuite aux intéressés, les emplacements répondant à des conditions et M. Coupet, du service technique des Bases Aériennes, retint les « Galéteries », dont le sol sablonneux convenait parfaitement à l’aménagement d’une piste. A la suite des études préliminaires, les Ponts et Chaussées de Châteauroux furent déchargés de la question au profit du service spécial des Bases aériennes, placé on le sait, sous l’autorité de M. Bonafos, ingénieur en chef. Le nouveau terrain d’aviation en cours d’aménagement, a une superficie de 12 hectares. La piste d’envol à elle seule possède une longueur de 800 m et une largeur de 120 m, ce qui est amplement suffisant eu l’égard au gabarit des appareils de l’aéro-club (quatre biplaces, vitesse horaire 150 kms). On peut accéder aux « Galéteries » par la R.N. 143. Il suffit de virer sur la route de Tours, à droite environ 50 m après la borne kilométrique indiquant « Châteauroux 7 kms ». On peut également emprunter la route de Villers-les-Ormes…
…C’est au mois d’août, qu’une fois prononcée l’expropriation des parcelles débutèrent les premiers travaux. Actuellement le sol n’a pas encore subi les transformations voulues. D’ailleurs lorsque le nivellement sera terminé, afin de permette une excellente visibilité de n’importe quel lieu où l’on se trouve, il faudra procéder à l’ensemencement en herbe, car le terrain trop sablonneux a besoin d’être fixé.

L’aérodrome de Châteauroux-Villers. © IGN – Photographie aérienne – C2125-0081. – « Remonter le temps », date : 9 juillet 1963
Mais le hangar métallique qui abritera les appareils ; le « Club House » en ciment destiné aux services administratifs et au bar, se dressent au milieu du champ d’aviation. L’aspect extérieur seulement il est vrai, car l’aménagement intérieur exige encore plusieurs mois de travail. Ceux qui ont connu hier l’Aéro-Club de Châteauroux peu après la Libération se retrouveront demain dans un paysage familier. Le hangar avions (près de 30 m de long, 17 m de profondeur, 9 m de haut) existait à Déols. Démonté en 1950, puis entreposé aux Chardelièvres (à Châteauroux) par les soins des Ponts et Chaussées, il devait être réinstallé sept années plus tard aux « Galéteries ». Ce ne fut pas, on s’en doute, un travail aisé que mena à bonne fin l’entreprise Bejeaud de Châteauroux. Le hangar représente en effet le poids respectable de 27 tonnes. Deux cent soixante-quinze kilos de peinture (deux couches superposées) ont été utilisés pour la réfection de l’imposant assemblage métallique. Trois spécialistes ont été affectés durant plus d’un mois au montage : soit 1.000 heures de travail. L’accès du hangar et facilité par trois portes de 8 m de long et 5 m 50 de haut, glissant sur des rails.
Le « bar de l’escadrille ». Construction nouvelle « le Club-House » en voie d’achèvement remplacera avantageusement la bâtisse en bois de Déols. Édifié en ciment, le « Club-House » (20 m de long, 28 m de large et 3 m de haut) comporte outre le bureau vitré du chef-pilote et le logement du gardien, une cuisine, un studio, un bar, (des) toilettes avec douches. Le chauffage sera assuré au gas-oil. Enfin est prévu un garage couvert à trois emplacements, non loin de ce « Club-House ». Si Châteauroux, grâce à la compréhension des grandes administrations va désormais bénéficier d’un terrain d’aviation civile à l’image de la plupart des villes de France, on ne doit pas oublier le rôle décisif joué par le bureau de notre Aéro-Club que préside M. (Armand) Martinet, entouré de MM. Biet (et) Naubron vice(s)-présidents ; Bouguin, architecte départemental, conseiller technique pour l’installation du terrain ; Boismoreau, secrétaire général ; Gomichon trésorier… ».
Le mercredi 29 juin 1960, en page 3, le journal La Nouvelle République publie un nouvel article intitulé : « Installé sur le magnifique terrain de Châteauroux-Villers et doté d’avions en excellent état, l’Aéro-Club connaît une intense activité » :
« 1927… 1960, l’Aéro-Club de Châteauroux à 33 ans et au cours de cette longue existence, il a eu à surmonter de nombreux obstacles pour continuer à vivre et à représenter l’aviation civile dans notre ville.
Il y a eu la fermeture de son terrain en 1945, puis sa réouverture et à nouveau sa fermeture en octobre 1951, lorsque le terrain sur lequel évoluaient ses avions à Déols fut inclus dans le périmètre de la base américaine. D’octobre 1951 à septembre 1958, l’Aéro-Club n’a plus aucune activité au point de vue vol à moteur ou vol à voile, seul sa section d’aéromodélisme continue à faire de nombreux adeptes et à remporter des récompenses et des prix dans les concours. En octobre 1958, la section vol à moteur va pouvoir reprendre son activité sur le magnifique terrain de Châteauroux – Villers…

Châteauroux, la tour Saint-Cyran. L’Otan avait réservé pour son personnel une trentaine d’appartements qui furent occupés en mars 1961, dès l’achèvement des travaux de construction. Photo Didier Dubant avril 2026
… le bâtiment du club était réalisé sur les plans de M. Csali architecte (Robert Jean Emile Csali né à Châteauroux le 10 02 1928 – décédé le 23 juin 2012 à Châteauroux. C’est à Robert Csali et à l’architecte Pierre Bouguin que l’on doit l’édification à Châteauroux de la tour Saint-Cyran, dite localement « le Building », édifice de 14 étages, haut de 45m30 et actuellement dénommée Résidence Gambetta. L’Otan a réservé pour son personnel une trentaine d’appartements qui seront occupés à partir de mars 1961). C’est une construction élégante avec sa terrasse en bordure de la piste, son bar, ses bureaux, le logement du gardien ».
L’article donne ensuite des détails sur les avions dont dispose l’Aéroclub : « Le club dispose d’avions en excellent état, auxquels est venu se joindre il y a quelques jours, comme nous l’avons annoncé un Jodel Ambassadeur DR 100, quadriplace de 110 CV, ayant une vitesse de croisière de 200 km-heure.
Nous avons vu ces avions alignés devant le hangar. Le petit monoplace « Turbulent » de 24 CV ayant une vitesse de croisière de 110 km-heure, le Caudron Luciole de 100 CV, d’une vitesse de croisière de 115 km-heure, qui a été entièrement reconstruit et rénové par M. Parquet, un membre du club ; le Jodel 117, biplace 90 CV, vitesse de croisière de 180 km-heure, sert à l’entraînement des élèves et au passage des brevets ; le Parquet 101, entièrement réalisé et étudié par M. Parquet a une puissance de 40 CV et une vitesse de croisière de 120 km-heure ; enfin le R.A. 14, avion pour les débutants, biplace au pilotage facile d’une puissance de 65 CV, ayant une vitesse de croisière de 100 km-heure. Voici donc un Aéro-Club admirablement installé et équipé. Actuellement 40 membres actifs volet régulièrement, dix suivent les cours de l’école de pilotage, six sont des pilotes brevetés. »
Le journal, La Nouvelle République du vendredi 29 juin 1962, dans sa page 3, fait état pour l’Aéro-Club de Châteauroux d’un effectif de 200 licenciés, pilotes ou aéromodélistes et ajoute « L’Aéro-Club de Châteauroux qui a formé de grands pilotes : Musseli, Gognet, Baujoin, Massereau, Chartrain, Suisse, Veyssier, et dont les performances de sa section « modèles réduits », furent par deux fois de classe nationale et internationale, a toujours été et le restera, à tous ceux qui considèrent que le sport aérien, procure de grande satisfactions et une véritable détente. Dirigé par des gens extrêmement compétents et un moniteur diplômé le club possède un « Jodel D. 117 », un « Luciole », un Jodel 112 », deux « R.A. 14 », un « Ambassadeur » quatre places, deux « Turbulents » et un « Jodel de poche »».
Sabre Blade, le journal de la Base américaine de Châteauroux dans la page 6 en français de son numéro du vendredi 24 mai 1963 évoque photographie à l’appuie la mise à disposition par les autorités américaines pendant le printemps de puissants équipements pour faire d’importants travaux, notamment une niveleuse pour faciliter les opérations d’aménagements du terrain de l’Aéro-club de Villers.

« A l’Aéro-club de Villers, cette niveleuse a facilité les opérations d’aménagement du terrain » (source : Sabre Blade, vendredi 24 mai 1963, page 6 – Médiathèque Equinoxe Châteauroux, cliché Didier Dubant).

L’Aérodrome de Châteauroux – Villers au début des années 60 vu depuis le sud-est. Photo : M. Roussel. © Archives de Châteauroux Métropole – 5Fi947

L’Aérodrome de Châteauroux – Villers au début des années 60 vu depuis le nord-ouest. Photo : M. Roussel. © Archives de Châteauroux Métropole – 5Fi948

L’Aérodrome de Châteauroux – Villers au début des années 60 vu depuis le nord Photo : A. Cayeux. Studio Robert. © Archives de Châteauroux Métropole – 5Fi949
Le samedi 28 septembre 1963 en page 3 le journal la Nouvelle République annonce l’arrivée d’un nouvel avion à l’Aéro-club de Châteauroux, un quatre places « Super Rallye », « avion de grand tourisme qui possède une autonomie de six heures et demie de vol. Equipé d’un moteur de 145 CV, son altitude normale de vol est de 1.500 mètres, mais il peut atteindre des plafonds de l’ordre de 4.000 à 5.000 mètres ».
Quelques lignes sont ensuite consacrées au « Luciole » : « Ce dernier avion possède une histoire émouvante. Il appartenait déjà à l’Aéro-Club avant-guerre et pendant les années difficiles on l’avait caché dans une grange. En 1944, le « Luciole » fut remonté à l’attention des maquisards et piloté par M. Barbier, il survola Châteauroux au mois de septembre, ce qui permit de connaître et de signaler rapidement l’arrivée des troupes allemandes venant de la poche de La Rochelle ».

Aérodrome de Châteauroux – Villers – Les hangars depuis le sud-ouest (Photo Didier Dubant – 13 juin 2022)
On apprend ensuite « qu’en raison de l’augmentation du nombre de ses appareils, l’Aéro-Club fut amené à faire monter un nouveau hangar afin de pouvoir mettre à l’abri cinq avions de la section américaine et trois avions appartenant personnellement à des membres du club ».
Presque un an jour pour jour, après le passage de René Crozet à l’Aérodrome de Châteauroux – Villers, (voir l’article précédant) le journal La Nouvelle République du jeudi 12 août 1965 publie en page 2 un article intitulé : « L’aérodrome de Châteauroux – Villers. Un club très actif dont les 10 avions sillonnent la région ». Dans cet article, il est fait mention de la présence dans les hangars de deux avions particuliers : « un Aéro 20 qui a été construit par son propriétaire, M. Chapeau, directeur de l’usine Indraéro à Argenton et un Potez 60, âgé de plus de 30 ans, appartenant à M. Michel Popineau de Coings ».

Un autre appareil réalisé par Jean Chapeau, l’AERO 101 (collection Didier Dubant)

L’aérodrome de Châteauroux – Villers. © IGN – Photographie aérienne – C94SAA1132. – « Remonter le temps », date : 12 juillet 1994

Belle journée du 16 juillet 2014 à Châteauroux – Villers. © IGN – Photographie aérienne – CP14000582. – « Remonter le temps », date : 16 juillet 2014
Bibliographie
- Les Amis du vieux Châteauroux – Petite histoire de la rue Victor Hugo, 2007, 183 pages.
- Labande (Edmond René), Heitz (Carol), Salet (Francis) – René Crozet (1896-1972). In Cahiers de civilisation médiévale, 15ème année (n° 58), Avril-juin 1972, p. 163-175.
- Dubant (Didier). – Base américaine de Châteauroux-Déols 1951-1968, Provinces Mosaïques, éditions Alan Sutton 2008, 144 pages.
- Dubant (Didier). – Ceux de l’usine d’aviation Bloch. Mémoire d’ouvriers dans l’Indre (1936-1951). Editions Alan Sutton 2011, 160 pages.
- Popineau (Michel). – Aéroclub de Châteauroux – « Aviation populaire », le terrain de « Chez Bloch ». In Neuvy-Pailloux et ses environs, n° 84, janvier 2025, pages 6 à 11.
