Mitry - Compans
(Département de Seine et Marne)
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Etude réalisée par Alain Graton concernant l'aérodrome de Mitry Compans disparu en 1975 et rattaché à Roissy Charles de Gaulle le 4 mars de la même année.
Les « Ailes » de Claye-Souilly dans la Bataille de France…
( mai-juin 1940 )
Au beau milieu de la ‘drôle de guerre’, dans le journal Le Matin du 3 janvier 1940, le Maréchal Pétain déclare aux français : « Nous attendons sans crainte le grand choc ». La nation tout entière n’a donc manifestement aucune raison de s’inquiéter pour son avenir. Malheureusement pour elle, ce bel optimisme dont fait preuve le futur chef de l’Etat ne va être que de très courte durée, et militaires et civils vont bien vite déchanter…
Quelques mois plus tard en effet, le 10 mai 1940, Hitler attaque la Belgique et la Hollande et lance aussitôt ses troupes en direction de la France. En quelques jours à peine, l’armée française du Nord est totalement démantelée par la puissance de feu et la parfaite coordination de la Wehrmacht et de la Luftwaffe. Surprises par l’avance fulgurante de l’armée du Reich, quelques-unes de nos maigres forces aériennes rendues trop vulnérables par la proximité du front sont obligées de se replier dès le 15 mai aux abords de la région parisienne. C’est ainsi que plusieurs paisibles terrains d’aviation de Seine-et-Marne vont se transformer en quelques jours en véritables aérodromes de guerre, et que Claye-Souilly va entrer dans l’histoire de la Bataille de France…

Bombardier bimoteur Glenn Martin 167(Collection S.H.D)
Dès les premiers jours de la grande offensive allemande, la petite commune de Seine-et-Marne va immédiatement se mettre à vivre au rythme d’une guerre aérienne sans merci qui va dorénavant opposer les deux camps. En effet, le 11 mai 1940, trois bombardiers Glenn Martin 167 du groupe de bombardement GB I/62 quittent Orange pour faire mouvement sur Claye-Souilly. Il ne s’agit en fait que d’une avant-garde, et deux jours plus tard ils sont aussitôt rejoints par 10 autres avions du même type. Ces appareils bimoteurs construits aux Etats-Unis sont rapides et ultra-modernes pour l’époque, mais leur nombre est si insuffisant qu’il ne pourront à aucun moment réussir à enrayer la progression rapide de la toute puissante Wehrmacht. Face au danger grandissant d’un envahisseur que rien ne semble pouvoir arrêter, les 13 Glenn Martin du GB I/62 se replient sur Evreux le 18 mai pour laisser bientôt place aux escadrilles de la chasse française…

Chasseur Marcel Bloch MB-152 (Collection S.H.D)
Quelques jours plus tard en effet, le 20 mai 1940, le groupe de chasse GC I/8 reçoit ordre de décoller de Chantilly pour se replier vers sa nouvelle base de Claye-Souilly. Les renseignements fournis aux pilotes sur l’emplacement exact du terrain d’aviation sont malheureusement très imprécis, et une partie de l’échelon volant finira par passer la nuit sur la piste de Meaux-Esbly. Une telle confusion n’a rien de surprenant lorsqu’on découvre en lisant l’historique de l’escadrille que : « le terrain d’aviation en question est en fait beaucoup plus proche de Thieux, de Compans et du Mesnil-Amelot que de la commune de Claye-Souilly elle-même ». Il est important de souligner ici que si tous les documents ayant trait à cette base aérienne utilisent la dénomination de « Claye-Souilly », il s’agit en réalité de l’ancien aérodrome de Mitry-Compans, disparu aujourd’hui et intégré en 1975 aux pistes de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle.
Malgré ces quelques péripéties, tous les appareils du GC I/8 sont finalement regroupés au grand complet au matin du 21 mai, et pilotes et mécaniciens commencent à dresser leurs tentes en pleine nature.
Implantation
géographique de la base aérienne de Claye-Souilly en 1940
Le GC I/8 est équipé de chasseurs Bloch 152 produits par les usines de Marcel Bloch, plus connu après le conflit sous le nom de Marcel Dassault. Bien que solide et de conception récente, cet avion est moins rapide que son adversaire direct de la Luftwaffe: le Messerschmitt Bf 109. Il aura lui aussi surtout le désavantage permanent du nombre dans cette bataille inégale qui vient de s’engager dans le ciel de France…
A partir du 23 mai, les pilotes du GC I/8 de Claye-Souilly vont effectuer de nombreuses missions sur les secteurs du Nord et de la Picardie en proie à une lutte désespérée des troupes françaises contre un envahisseur que rien ne semble plus pouvoir arrêter. Dès le 25, une patrouille composée de six Bloch 152 et commandée par le capitaine Calmon réussit à descendre trois bombardiers Dornier Do 17 de la Luftwaffe au dessus d’Amiens.
L’escadrille assure également la protection des missions de reconnaissance aérienne sur la ligne de front. Le 27 mai, trois Bloch faisant partie d’un patrouille du GC I/8 chargée d’escorter des bimoteurs Potez 63-11 sur l’axe Albert-Valenciennes sont subitement attaqués au dessus de la Somme par un groupe de douze Messerschmitt Bf 109. Un premier avion français est descendu et son pilote est tué. Un second Bloch, gravement touché, tente un atterrissage forcé et se fait copieusement canarder par les troupes françaises qui ont rapidement perdu l’habitude de voir des avions à cocarde tricolore dans le ciel depuis le début de la bataille. Par chance le pilote s’en tire sain et sauf, mais on constate ici avec effroi à quel point nos troupes pouvaient être désorientées et incapables de maîtriser la situation.
Début juin, la poche de Dunkerque tombe aux mains des allemands. Environ 220 000 soldats britanniques et 120 000 soldats français réussissent à s’en échapper et embarquent pour l’Angleterre.
Après avoir liquidé notre Armée du Nord, Hitler peut à présent lancer toutes ses forces en direction de l’ouest. Le 3 juin 1940, il déclenche l’opération « Paula ». Près de 300 bombardiers allemands et 200 chasseurs Messerschmitt Bf 109 vont alors déferler sur la région parisienne. En début d’après-midi, 12 appareils de la Luftwaffe débouchant de Thieux passent en vol rasant au dessus de la base et larguent une quinzaine de bombes sur le terrain.
Bombardement sur la base aérienne de Claye-Souilly (Collection S.H.D)
Un Bloch 152 de l’escadrille est immédiatement détruit. Les pilotes du GC I/8 riposte bientôt et attaque une formation de 7 bimoteurs Junkers 88 à la verticale de Claye-Souilly. Le sous-lieutenant Thollon réussit à descendre l’un des bombardiers allemand qui se pose peu de temps après à Cocherel. Moins chanceux que lui, le sous-lieutenant Tanguy ( aucun lien de parenté avec le héros de B.D ! ) est grièvement touché par un Bf 109 d’escorte et doit se poser en catastrophe dans un champ de blé à 5 km au sud de Lagny-sur-Marne. Cette journée mouvementée du 3 juin sera malheureusement endeuillée par la mort du lieutenant tchèque Josef Decastello qui se tue en essayant un avion neuf.
Mais c’est en réalité les journées des 5 et 6 juin qui vont être les plus fertiles en évènements pour le GC I/8. L’adjudant-chef Nicou remporte à lui seul deux victoires sur des Bf 109. Le sergent-chef Maurel descend un bimoteur Messerschmitt Bf 110. Les pilotes tchèques Prchal et Spacek sont aussi à l’honneur en descendant tous les deux un chasseur allemand…Malgré leur nette infériorité numérique, les pilotes des Bloch 152 vont réussir à totaliser 11 victoires aériennes sûres, plus une probable en quelques 48 heures ! Le GC I/8 doit cependant déplorer la perte d’un nouveau pilote : le capitaine Peyrègne qui est tué aux environs de Montdidier en attaquant un groupe de Dornier 17.
Malheureusement, tous ces actes d’héroïsme isolés ne peuvent guère entraver les assauts impitoyables d’une Luftwaffe qui s’est dorénavant octroyée la totale maîtrise du ciel de France. Le 7 juin, le GC I/8 ne dispose plus en tout et pour tout que de 12 chasseurs en état de voler…
Acharnés dans leur œuvre de destruction, les avions allemands vont effectuer un nouveau raid le lendemain à 14 h 25. Le terrain va alors subir un nouveau bombardement effectué par 18 appareils allemands qui vont larguer quelques 80 bombes de 20 à 200 kg sur la piste et ses abords. Six chasseurs Bloch 152 sont détruits et quelques victimes civiles (dont certainement deux femmes âgées respectivement de 34 et de 42 ans ) sont à déplorer sur Mitry-Mory.
Le 9 juin, le groupe du GC I/8 qui n’a plus cette fois-ci que six avions en état de prendre l’air, reçoit bientôt l’ordre de quitter Claye-Souilly pour se replier sur Brétigny…
La légende a toujours voulu nous laisser croire qu’en mai et juin 1940 « on n’avait pas beaucoup vu nos avions dans le ciel de France ». L’empreinte laissée par nos escadrilles envoyées en toute hâte sur des terrains de Seine-et-Marne tels que Meaux-Esbly ou Claye-Souilly est pourtant là pour témoigner du contraire. Pilotes et mécaniciens de notre jeune Armée de l’air ne sont pas à blâmer, et seule notre incompréhensible et absurde impréparation politico-militaire de la fin des années trente est responsable de notre débâcle de mai 1940.
Claye-Souilly et les pilotes du GC I/8 restent à tout jamais gravés dans l’histoire de la Bataille de France, et rien ne doit nous faire oublier la tragique épopée de ces « Chevaliers du Ciel » qui ont vainement tout tenté pour nous sauvegarder de la barbarie nazie…
Sources bibliographiques et photos :
Service Historique de l’Armée de l’Air (Vincennes), sans oublier l’aide précieuse de Monsieur Jean CRAPART de la « Société d’Histoire de Claye-Souilly et de ses Environs ».