Orleans-Bricy

L’historique ci-dessous ne concerne pas directement celui de la Base Aérienne BA 123 « Commandant Charles Paoli ». Il s’agit du faux terrain aménagé par les Allemands durant l’occupation.

 

Le faux camp dit de Bricy

Etude de Gérard Lemaitre via Jean Luc Carpentier (membre 2A)

 

 

Dès le mois de septembre 1940 les allemands ont pour objectif l’établissement d’un « faux camp »  pour protéger des bombardements le véritable camp de Bricy. Le protéger éventuellement puisquela Franceest anéantie, qu’Hitler compte bien mettre les britanniques sont à genoux, et que les Etats-Unis restent toujours neutres dans ce conflit.

 L’occupant allemand prend la décision d’établir ce faux camp à 7km 500 à vol d’oiseau de Bricy, dans le but de tromper les aviateurs alliés et ainsi éviter le bombardement des installations de la base.

400 hectaresde terres sont alors réquisitionnés : 300 au hameau de Cerqueux et des fermes de Villaumoy, sur la commune d’Epieds en Beauce,80 hectaresau hameau de Nids, commune de Tournoisis, le reste à proximité du hameau de Champs, commune de Saint Sigismond.

 Les allemands donnent 20 jours aux agriculteurs pour couper et rentrer les récoltes.  En septembre et  octobre 1940 l’occupant installe et équipe ce faux camp de Bricy.

Ce terrain d’aviation factice,  nommé en allemand, (SCHEINFLUGPLATZEN) était délimité par quatre fils électrifiés.

 Une piste faite grossièrement avec de la terre blanche, avec des bandes blanches simulant l’entrée de la fausse piste dans le sens approximatif, Cerqueux –La Vallée Villarson, piste éclairée de nuit par des globes rouges espacés tous les100 mètresenviron, alors que le vrai camp de Bricy est dans l’obscurité la plus totale. Ce qui n’empêchera pas les bombardements de l’aérodrome.

Les allemands construisirent un baraquement avec une seule porte, sans fenêtres, celles-ci peinte en trompe-l’œil sur les murs en tôle. A l’intérieur, différents objets : roues, hélices, etc. Sur ce faux camp, bien en évidence des fûts d’huile, des caisses de munitions vides, des vieilles voitures, disposés vers Champs.

Ce faux aérodrome allemand avait douze avions rescapés des bombardements du vendredi 10 mai et du samedi 11 mai 1940 de Bricy, avions plus ou moins en bon état. Près de Nids, dispersés dans les champs, quatre bimoteurs Bloch MB-131, dépourvus de moteurs avec hélices tripales, croix dela Luftwaffe, et croix gammée sur les empennages. Près de Villaumoy, au bord de la route 4 monomoteurs, prototypes divers, dont trois monoplaces.

 

 

 

Bloch MB-131

© Gérard Lemaitre via Jean Luc Carpentier

 

 Soit un Caudron 712, un Caudron 714, un Caudron 760, plus un Caudron C870 P2 biplace avec une croix gammée ayant une mitrailleuse en bois enfoncée dans un trou percé à l’avant du Cockpit.

 

 

 

Epave de Caudron C870 grimé en appareil Allemand

© Gérard Lemaitre via Jean Luc Carpentier

 

 Egalement sur ce terrain : deux Breguet 693, un Potez 63 et une épave d’un Amiot 354, sans oublier quelques avions en bois (ATTRAPEN), assez grossiers, dont deux à proximité de la ferme dela Vallée, avec camouflage par filets.

 

 

 

Amiot 354

© Gérard Lemaitre via Jean Luc Carpentier

 

 La surveillance était minime : quatre soldats Allemands d’un certain âge assurant la garde, un au téléphone, et les trois autres assurant les rondes. Ces allemands logeant à Cerqueux, dans une pièce réquisitionnée dans la maison de monsieur Regis Chesneau, puis logèrent dans un baraquement de deux pièces construit presque en face de chez monsieur Regis Chesneau. Toujours à Cerqueux, dans un champ appartenant à monsieur Joseph Pointereau, les allemands feront un trou pour enterrer un canon anti-aérien. Ce canon, situé à une cinquantaine de mètres, à l’est de la route Cerqueux – Nids, restera en place environ six mois.

En 1943 les allemands autorisèrent monsieur Ludovic Grillon à venir faire paître son troupeau de mouton sur ce faux camp. Un jour le fils du fermier monsieur Pierre Grillon eu la surprise et la peur de voir un petit avion allié atterrir à proximité, sur l’ancien chemin dit de Cerqueux à Meung, puis décoller aussitôt histoire de narguer l’occupant, les soldats allemands courant en vain avec leurs fusils.

Une légende tenace veut qu’une nuit les alliés bombardèrent ce faux camp avec des bombes en bois. En réalité, seules seront larguées quelques fausses bombes mais sur la piste, se moquant ainsi de la présence de l’occupant.

Une anecdote existe également concernant le gardiennage du faux camp. Parmi nos quatre gardiens, il y eu quelques temps un soldat autrichien qui  quand il le pouvait était à l’écoute de Londres, profitant sans doute de l’absence de ses collègues de surveillance qui régulièrement allaient au ravitaillement au bourg d’Epieds en Beauce. Puis vinrent de jeunes soldats en convalescence relevant de blessures subies en Union Soviétique et dont il fallait se méfier, il n’y eut donc plus de contact avec la population locale

 

 Le Champs aux bombes

 

 Les allemands avaient un terrain d’exercice de bombardement situé entre le hameau de Villemars, sur la commune d’Epieds en Beauce et Tournoisis. Les avions s’entraînaient en piqué en visant une cible en forme de pyramide, elle-même entourée d’autres éléments plus petits mais également de configuration pyramidale.

Cet endroit est maintenant dénommé, et même cadastré, sous le nom de champ aux bombes.

En 1941 et 1942,  les exercices étaient irréguliers, et les allemands larguaient de vraies bombes. Puis ce fut pour des raisons économiques des bombes en ciment avec fumigène, dégageant de la fumée blanche. Trois observatoires pour la surveillance étaient installés : à Villemars, à Nids, et dans un petit bois dénommé de Bois Thaly situé au nord ouest du terrain d’exercice.

A partir du 10 janvier 1943, ce terrain d’exercice fut utilisé régulièrement, les routes y aboutissant ayant des plaques indicatrices de danger.

Au moment, et pendant l’exercice, un ballon rouge était hissé avec l’interdiction formelle de circuler et de travailler dans ce secteur à risque.

D’ailleurs, les dangers étaient aux risques et périls de toutes personnes entrant sur ce terrain d’exercice. Six puis onze soldats allemands assuraient la surveillance, logeant chez des particuliers à Nids, maisons réquisitionnées bien entendu, notamment la maison de monsieur Marcel Begue.

Malgré la surveillance, beaucoup s’aventurèrent sur ce terrain. Le samedi 4 avril 1942, en fin d’après-midi, deux enfants ramassèrent un engin non explosé. L’un fut tué, l’autre grièvement blessé. Un drame qui bouleversa les habitants de la région. Le jeudi 10 août 1944, à minuit trente, soit en pleine nuit, mort brutale à la ferme de Louis Parou, à Meule, commune de Huêtre, de Michel Desbree natif de Villemars, commune d’Epieds en Beauce. Il avait quatorze ans et trois mois. Le jeune Michel, avait récupéré un engin explosif sur le terrain d’exercice du champ aux bombes et l’avait transporté sur sa bicyclette jusqu’à chez son employeur de Huêtre. Revenu dans sa chambre sans doute a-t-il été tenté de voir le fonctionnement de cet engin, causant ainsi ce nouveau un drame.

Après la libération, les personnes ayant la certitude de la présence de bombes, obus ou grenades dans leurs champs étaient priées d’en faire la déclaration en mairie. C’était le désobusage.

Régulièrement, et surtout après la remise en culture du champ d’exercice et de ses abords, les agriculteurs extirpèrent ces bombes en labourant leurs parcelles de terre. Quelquefois, après le passage de la charrue, de la fumée pouvait apparaître qui n’affolait toutefois pas le laboureur.

Ce ne fut par le cas il y a quelques années sur un chantier des futures éoliennes, ici même à Tournoisis, où un ouvrier fut incommodé par la fumée se dégageant par l’une de ces bombes. D’où branle-bas de combat dans l’attente du service de déminage de Versailles. Un périmètre de protection fut installé par mesure de précaution, ce qui amusa beaucoup nos amis agriculteurs, coutumiers du fait.

 

 Gérard LEMAITRE a rédigé son étude à partir des archives départementales du Loiret et des témoignages des Beaucerons riverains du « faux aérodromes » qu’ils soient simples habitants de la région ou propriétaires momentanément expropriés. Les photos ont été prises par Mr Maurice GARSAULT; 16 ans à l’époque, fils de l’agent d’assurances de Binas qui portait en vélo les quittances aux clients de son père.

Maurice, ami de Gérard LEMAITRE, lui a raconté comment il camouflait son appareil photo et comment il prenait clandestinement ses photos.