Histoires d’aviation à Bailleul

Le terrain d’aviation de Bailleul

 

Fin 1914, les autorités de l’armée britannique décident l’implantation d’un champ d’aviation dans la grande pâture de l’asile de Bailleul.

Le jeudi 3 décembre 1914, Monsieur le Directeur de l’asile annonce à la commission administrative de l’établissement qu’il a dû céder la pâture derrière l’usine électrique. Cette pâture sera transformée en un vaste champ d’aviation.

Début 1915, les Anglais enlèvent les poteaux de la houblonnière proche du terrain. Ces poteaux représentent un danger pour l’atterrissage des avions; le terrain est ainsi une première fois agrandi.

En septembre 1916, les Britanniques construisent une voie ferrée reliant l’arrière de l’asile à la gare de Bailleul. Un quai de déchargement avec dépôt de munitions est installé à  200 m des murs d’enceinte de l’établissement. Environ une fois par semaine, un train arrive pour y être immédiatement déchargé; les munitions sont ensuite emportées par camions vers le front.

En 1917, la voie ferrée nommée ” Voie Ferrée Stratégique” se structure avec l’apparition d’aiguillages reliant d’autres dépôts. Le terrain d’aviation qui couvrait une superficie de plus ou moins 10 hectares au début de la guerre est agrandi début juin 1917 par un second terrain d’aviation contigu au premier. La superficie totale passe donc à 27 hectares. Les avions biplans utilisent principalement le premier terrain et les triplans le second.
Probablement à l’été 1917, les Britanniques installent deux camps de prisonniers sur la seconde partie du terrain juste à côté des dépôts de munitions.

En 1918, le terrain est totalement évacué. Les Allemands percent le front allié (Offensive Ludendorff d’avril 1918).

 

Le terrain d’aviation de Bailleul reçut diverses escadrilles pendant le conflit. Mais c’est la première Escadrille qui y séjourna le plus longtemps, de fin 1915 à 1918.
A Bailleul pendant l’année 1916, elle participa activement aux vols d’observation pour l’artillerie sur Morane Bullet et Parasol à partir du 8 janvier 1916 puis sur Nieuport biplace et Morane biplan. Le terrain d’aviation et la première Escadrille qui l’occupe voient leurs activités s’intensifier en 1917. Le terrain qui avait été agrandi reçoit plus d’appareils dont les nouveaux Nieuport 17 C-I et, de ce fait, leurs activités se généralisent : vol d’observation, mission de reconnaissance, combat aérien.
En cas de mauvaise visibilité, la longue route de Bailleul à Cassel était utilisée par les pilotes comme repère visuel.
Le Mont Cassel et le Mont des Récollets étaient deux repères importants de par leur  proéminence, ce qui facilitait le retour des pilotes à leur base.

 

Histoires d’aviateurs – 1917

 

6 mars : Ce jour-là, des avions anglais de la 45ème Escadrille de Sainte Marie Cappel volant en formation furent attaqués par un autre groupe d’appareils. Ils n’avaient pas été surpris par leur rapide passage. Cependant en les voyant arriver, ç’aurait pu être des avions alliés. Le doute sur l’origine de cet accrochage n’était pas dû à l’effet de surprise; il venait du fait que les nouveaux appareils allemands, les Siemens Schuckert D, étaient encore peu connus. Ce modèle était une sorte de copie du modèle français le Nieuport 17 Scout qui équipait, qui plus est, l’escadrille de Bailleul. Suite à cette attaque, un des appareils de la 45ème Escadrille dut se poser en catastrophe sur le terrain d’aviation de la 41ème Escadrille à L’Abeele. Le coéquipier de cet appareil, grièvement blessé dans cet accrochage, décéda quelques minutes plus tard.

Dès leur retour à Sainte Marie Cappel, le doute sur l’origine de leurs assaillants les inquiétait tant qu’un des pilotes du groupe téléphona à D.Dombasle, commandant de la 1ère Escadrille de Bailleul, pour lui relater cet accrochage et lui demander si les avions qui les avaient attaqués pouvaient être les siens. D. Dombasle les rassura en écartant tout doute sur l’origine de cet accrochage. Ces avions-là n’étaient pas les siens.

 

9 mai : Le Lieutenant Joseph Senior, observateur et équipier du Capitaine Mac Arthur, fut très grièvement blessé en combat aérien. Souffrant de multiples blessures, il avait la main droite à moitié éclatée par une balle. Il continua le combat, la main gauche figée sur la poignée de sa mitrailleuse. Le Capitaine Mac Arthur posa son avion sur le terrain de Bailleul.
Le Lieutenant Joseph Senior décéda peu de temps après à l’hôpital tout proche du terrain.Il fut enterré avec les honneurs au cimetière de Bailleul. Il avait 24 ans.

 

27 mai : Un groupe de 8 appareils décolle du terrain d’aviation de Bailleul pour une mission de combat et de reconnaissance aérienne. Les deux leaders de cette formation transportent chacun un appareil photographique. Peu de temps après leur décollage, ces derniers ont des problèmes mécaniques et retournent au terrain. L’un d’eux repart rapidement mais il est contraint de revenir aussi vite. Ce va-et-vient d’appareils dure à peu près 30 minutes, ce qui désorganise le reste de la formation. Ajoutons à cela que 3 avions du reste du groupe ne parviennent pas à atteindre l’altitude de 13500 pieds. Au retour de mission, l’un des avions se pose en catastrophe sur le terrain d’aviation de Bailleul. Il n’y eut pas de blessé.

Au cimetière militaire de Bailleul se trouve la tombe du sergent T. Mottershead du 20th Squadron RFC, mort au combat le 12 janvier 1917 à l’age de 27 ans. Ce pilote fut décoré de la Victoria Cross. Très grièvement brûlé pendant un combat, son biplan en flammes, il réussit à ramener son appareil vers les lignes britanniques où il se posa. Il sauva ainsi la vie de son équipier le Lieutenant Gower.

La presse britannique de l’époque relata 1’événement, tel le journal “ The London Gazette”
du 9 février 1917 (n°29937).

De nos jours, des touristes britanniques ou australiens de passage à Bailleul  visitent le cimetière militaire. Un grand nombre d’entre eux viennent voir la tombe du Sergent T . Mottershead.

 

Documents annexes

 

Extrait d’une lettre :

« Un avion biplan Morane de la 1ère Escadrille de Bailleul a un problème d’instrumentation de bord.
L’aiguille témoin des gaz s’affole, un sergent s’occupe de résoudre le problème. Il y a aussi l’absorbeur de recul de la mitrailleuse Lewis qui n’est pas correct non plus. Si ces réparations s’avèrent raisonnables et faisables, ces deux défauts seront rectifiés sur les autres biplans de ce type.

Bailleul, le 16 mai 1915 . »

 

Situation des escadrilles dans la région au printemps 1917 :

Squadron n°1 : Bailleul,
Squadrons n°20 et 45 : Sainte Marie Cappel,
Squadron n°41 : L’Abeele,
Naval Squadron n°10 : Droglandt,
Squadron n°46 : Boisdinghem,
Parc avions et matériels : Hazebrouck.

Ces escadrilles faisaient partie du Royal Flying Corps /11th Wing /2nd Brigade Squadron. Son quartier général se trouvait à Oxelaere; elles étaient commandées par le Général de brigade aérienne (Brigadier General) Tom Ince Webb-Bowen,

 

Ghislain Kepanowski

Publié dans le Cahier n°6 du Cercle d’Histoire locale (1998).

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