Le dépôt de munitions de l’ancienne base OTAN de Damblain

Pierre Labrude

Les dépôts de munitions des anciennes bases aériennes ne semblent pas avoir beaucoup intéressé les chercheurs. Pourtant, ces infrastructures, tout comme les dépôts de carburants, sont indispensables au fonctionnement des forces aériennes en temps de crise ou de guerre. Aujourd’hui, alors que beaucoup de bases disparaissent par fermeture, abandon, voire destruction, les bâtiments de ces dépôts, situés le plus souvent hors des emprises et fréquemment à l’abri dans des boqueteaux, ne sont pas susceptibles d’être démolis aisément car ils sont solides mais, s’ils n’ont pas été vendus, ils risquent d’être « oubliés » par leur propriétaire militaire et soumis à des occupations sauvages, dégradés et engloutis par la végétation.
Les dépôts des anciennes grandes bases dévolues à l’Armée de l’Air américaine comme Chambley-Bussières, Etain-Rouvres ou Chaumont-Semoutiers, sont très proches de leur périmètre, quelques centaines de mètres, et l’accès au terrain se fait par une route particulière qui prend naissance dans la base, la clôture étant la même que celle de la base. En d’autres termes, la base et son dépôt ne font qu’un. La situation n’est pas identique dans les deux bases canadiennes : à Grostenquin, un dépôt existe à l’intérieur même de l’emprise entre les deux marguerites Est, cependant qu’à Marville le dépôt est très proche mais son accès nécessite de sortir de la base et de la contourner partiellement (1).
La situation est identique à celle de Marville dans les deux bases OTAN implantées dans le département des Vosges : Mirecourt-Juvaincourt et Damblain

–oOo–

La base de Damblain appartient comme celle de Mirecourt à la troisième tranche de construction des bases aérienne de l’OTAN (2). Elle devait, selon MacAuliffe (3), devenir une base de l’USAFE (United States Air Force in Europe) et abriter des unités de chasse sous le nom de « base de Neufchâteau » bien que Damblain en soit plutôt éloignée. Ce projet ne se réalise pas, étant donné l’éloignement de la base par rapport à des villes d’importance suffisante (difficultés pour le logement des familles).

Damblain devient donc une base de secours bien que certains éléments figurant dans les Archives d’Epinal en fassent plutôt une base de dispersion. Elle fait l’objet de travaux dans les années 1980 (réalisation de merlons à des fins de camouflage).

A l’origine, le dépôt de munitions doit être construit dans la forêt située le long de la départementale 139, à quelques centaines de mètres de l’entrée principale. De forme rectangulaire, il est identique à celui de Mirecourt. Apparemment trop proche des installations aéronautiques, il n’est pas réalisé.

C’est une décision ministérielle du 20 février 1961 qui conduit à la construction du dépôt actuel. Mais l’entreprise titulaire du marché est déclarée en faillite en fin d’année. D’où choix d’un nouvel entrepreneur, ce qui entraîne des retards et aboutit, de ce fait, à une augmentation du coût des travaux. Le dépôt n’est achevé qu’en 1965 pour un montant légèrement supérieur à 163 millions de l’époque (4).

Ce dernier est donc construit dans le « Bois de la Petite Manche », en Forêt de Morimond (5), forêt située à quelques kilomètres de la base entre Lamarche et Fresnoy-en-Bassigny.

Il comporte un poste de garde, un poste d’électricité, trois igloos similaires à ceux de Mirecourt mais en meilleur état.

A l’exception des igloos, les bâtiments étaient en mauvais état.

"/Poste d’électricité (Pierre Labrude, octobre 2012)

                                                                          Un  »igloo » (Pierre Labrude, octobre 2012)

"/                                                               La seconde « pièce » d’un igloo (Pierre Labrude, octobre 2012)

Un des bâtiments classiques (Pierre Labrude, octobre 2012)

Lors de la visite que j’ai pu effectuer sur le site en octobre 2012 avec un représentant du Conseil général des Vosges, le terrain avait été récemment transformé et aménagé comme pour en faire une piste de moto-cross. A l’exception des igloos, les bâtiments étaient en mauvais état. Il apparaît donc que le site, dont quelques photographies sont présentées ci-dessus, ne sera bientôt plus aisément identifiable.

En conclusion, ces dépôts très mal connus, fréquemment oubliés des chercheurs, et dont les emplacements mêmes sont souvent ignorés, constituent encore actuellement des traces tangibles de la présence d’une base aérienne à proximité. Mais la disparition de celles-ci entraîne aussi l’abandon de ces annexes de faible surface, cachées dans les forêts et dont la plupart des rares bâtiments sont difficilement utilisables. Aussi convient-il de les recenser et de les photographier pendant qu’il en est encore temps afin d’en conserver un souvenir précis.


Sources documentaires

(1)  MacAuliffe J.J., U.S. Air Force in France 1950-1967, Milspec Press, San Diego (CA 92110), 2005, p. 167 (Chambley-Bussières), 220 (Chaumont-Semoutiers), 284 (Etain-Rouvres), 444 (Grostenquin) et 450 (Marville).

(2) Service historique de la défense, Vincennes, 50 E 36818 (Levaillant A., Rousseau D., Gallien P. et Beylot M., Direction de l’infrastructure de l’Air 1945-1994, répertoire numérique détaillé de la sous-série 50 E, Armée de l’Air, Service historique, 2003, p. 206).

(3) MacAuliffe J.J., op. cit., p. 22-23.

(4) AD Vosges, 59 W 40.

(5) Il s’agit de la célèbre abbaye cistercienne Notre-Dame de Morimond, quatrième des « premières filles » de Citeaux, fondée en 1115 et dont les ruines se trouvent sur la commune de Parnoy-en-Bassigny.

Mise en page Laurent Bailleul

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