Le GC III/6 et le GC III/7 à Coulommiers

Coulommiers-Voisins – LFPK – (Département de Seine et Marne)

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Le GC III/6 et le GC III/7 à Coulommiers

Etude de Alain Graton – juin 2008

Le lundi 20 mai 1940 en fin d’après-midi, 25 avions du groupe de chasse GC III/6 atterrissent sur l’aérodrome de Coulommiers-Voisins. Cette unité arrive du terrain de Chissey-sur-Loue  dans le Jura d’où elle opérait depuis le 30 avril dernier. Elle est très bientôt suivie par deux Bloch 220 d’Air France qui emmènent  les 30 mécaniciens du groupe vers leur nouvelle base aérienne de Seine-et-Marne.

Le GC III/6 est équipé de chasseurs monomoteurs Morane-Saulnier MS.406, un appareil qui équipe plus de la moitié des groupes de chasse de notre Armée de l’Air le 10 mai 1940. Depuis la déclaration de guerre en septembre 1939, le III/6 a réussi à totaliser 9 victoires aériennes, mais les équipages et le matériel sont indéniablement très éprouvés par l’âpreté des combats qu’ils ont du engager quotidiennement contre l’ennemi.

Chasseur Morane-Saulnier MS-406 ( Collection S.H.D )

S’ajoutant à l’inévitable sentiment de fatigue, une bien désagréable surprise attend à présent les pilotes du GC III/6 : Coulommiers est loin d’être dans la réalité des choses la base modèle qu’il leur avait été décrite. Aucun poste de commandement enterré  n’a été prévu, il n’y a pas de tranchées abris pour le personnel et le logement doit s’effectuer dans les quelques fermes des alentours.

Officiers et sous-officiers doivent cantonner à Faremoutiers situé à 8 kilomètres de là, une distance qui n’est pas idéale en cas d’alerte. Il faut enfin ajouter à ce triste tableau une organisation catastrophique des transmissions, ainsi qu’une absence de dépôt de munitions et de stock de bouteilles d’oxygène.

Devant l’ampleur de ces multiples carences, le commandant Castanier du GC III/6 va s’empresser de faire toutes les demandes nécessaires pour tenter de remédier tant bien que mal à la situation. Il est d’ailleurs assez curieux de souligner ici que Coulommiers n’est pas à cette date une base aérienne inactive puisqu’elle abrite déjà entre autres une escadrille de la RAF, le No. 212 Squadron de reconnaissance photographique équipé de Bristol Blenheim et d’un Spitfire.

Malgré ce manque d’infrastructures adaptées, la première sortie du groupe a lieu dès le 21 mai : une patrouille triple de 18 chasseurs MS 406 du GC III/6 ont rendez-vous à 16 h 00 à la verticale de Dammartin-en-Geöle avec un groupe de Dewoitine D 520 du GC I/3 de Meaux-Esbly pour effectuer conjointement une mission sur le secteur de Cambrai. Après avoir réussi à éviter les tirs de barrage de la Flak allemande, la patrouille basse du GC III/6 se retrouve bientôt aux prises avec 6 Messerschmitt Bf 109 qui vont s’avérer une nouvelle fois être les plus rapides. Pour cette première journée à Coulommiers, le groupe va devoir déplorer la perte de trois pilotes : le sergent de Gervillers tué au combat, le sous-lieutenant Cavaroz blessé puis hospitalisé, le sous-lieutenant Salaun fait prisonnier.

Le 22 mai, un groupe de 9 MS 406 du GC III/6 décolle de Coulommiers en début d’après-midi pour effectuer une nouvelle mission sur le secteur de Bapaume-Cambrai. Tous les chasseurs rentrent cette fois-ci sans déplorer d’incidents particuliers. Il semble intéressant de signaler ici que le chef de patrouille de cette formation n’est autre que l’adjudant-chef Pierre Le Gloan qui deviendra un peu plus tard à la fois l’un des plus grand as français de la Bataille de France et l’un des pilotes le plus redouté par la RAF en Syrie.

Les opérations de soutien aérien aux troupes françaises qui tentent vainement de freiner l’avance de la Wehrmacht dans le Nord et en Picardie vont continuer sans relâche dans les jours qui suivent. Les pertes du groupe sont quasiment quotidiennes : le 24 mai, le Cdt Castanier est tué dans les environs de Cambrai et le S-Lt Colonges, blessé, est fait prisonnier. Le lendemain, les S-Lt de Rouffignac et Villemin gravement touchés doivent se poser en catastrophe sur le sol picard…Le 25 mai au soir, le GC III/6 n’a plus que cinq appareils en état de voler.

Chasseurs Morane-Saulnier MS-406  ( Collection S.H.D )

Grâce au travail acharné des mécaniciens, une patrouille de cinq MS 406 va malgré tout pouvoir escorter jusqu’à la côte française l’avion transportant le Président du Conseil Paul Reynaud vers Londres le 26 mai 1940. L’escorte au grand complet est de retour vers 13 h 15, heure à laquelle 30 Heinkel He 111 et 4 Me 110 lancent leur attaque sur l’aérodrome de Coulommiers. Une centaine de bombes tombent sur le terrain. Quatre MS 406 sont immédiatement détruits au sol ou rendus inutilisables. D’autres appareils de divers types sont également victimes de ce raid aérien, dont deux Potez du I/16 et deux avions de liaisons britanniques. La piste est constellée d’entonnoirs, et plus grave encore, on déplore deux blessés graves à la fin de l’attaque allemande…

La dernière mission de l’escadrille a lieu le 30 mai. Avec deux victoires sûres sur la Luftwaffe pour la perte de 8 de ses pilotes (dont 3 tués), le bilan paraît malheureusement bien lourd pour le GC III/6 qui quitte Coulommiers le 31 au matin pour regagner Le Luc en Provence où il doit être transformé sur  Dewoitine D 520. Après la Luftwaffe d’Hitler, un nouvel ennemi se profile dorénavant à l’horizon : la Regia Aeronotica de Mussolini.

Le 1er juin 1940, c’est au tour du GC III/7 de prendre la relève et de défendre les couleurs de la chasse française sur le terrain de Coulommiers-Voisins. Les pilotes de ce groupe composé également de Morane-Saulnier MS.406 vont eux-aussi constater bien vite que l’aérodrome est assez lamentable, tant au niveau de son équipement que de celui de son organisation. Rien n’a été réellement fait depuis le passage du GC III/6, et il y a même en plus à présent des impacts de bombes sur le terrain…

Le GC III/7 qui désespère de se voir enfin équipé un jour avec des Dewoitine D.520 va se contenter dans l’immédiat de réparer les quelques MS 406 laissés sur place par leurs prédécesseurs.

Le 3 juin, les allemands lancent un raid de bombardement de grande ampleur sur la région parisienne : l’opération   »Paula ». Seul le GC I/3 basé à Meaux-Esbly va recevoir le message d’alerte émis depuis la Tour Eiffel à 13 h 06. Le GC III/7 rate totalement le passage des escadrilles de la Luftwaffe fonçant vers l’ouest et ce n’est que durant leur route de retour qu’il peut intervenir. Au soir du 3 juin, le groupe revendique une seule victoire : un Messerschmitt descendu par le S-Lt Martin.

L’escadrille de Blenheim et le Spitfire de la RAF disparaissent de Coulommiers le 4 juin dans la plus grande discrétion : la poche de Dunkerque vient définitivement de tomber et le corps expéditionnaire britannique est évacué vers la Grande-Bretagne…

Le 5 juin, le GC III/7 à rendez-vous à 8 h 50 sur Meaux pour effectuer une nouvelle mission sur la Somme conjointement des Dewoitine D.520 du GC 1/3 de Meaux-Esbly. La patrouille basse du GC III/7 est conduite par l’adjudant Littolff qui totalise déjà cinq victoire depuis le début du conflit. Mais cette fois encore les MS.406 vont se révéler beaucoup trop lents face aux Bf 109 de la Luftwaffe et le C/Chef Kosnar est tué durant l’opération.

De retour d’une mission sur l’Aisne le 9 juin, les appareils du GC III/7 se posent sur la piste de Coulommiers vers 15 h 00. Dix minutes plus tard une première bombe explose sur le terrain. Des appareils allemands attaquent en rase-mottes, visant les soutes à carburant qui s’enflamment aussitôt et mitraillant le personnel qui se trouve à découvert. Tous les MS 406 qui sont restés sur la piste sont incendiés. La DCA ne riposte que beaucoup trop tardivement et les dégâts sont considérables : deux morts, plusieurs blessés et 12 Morane-Saulnier sont détruits. Il s’avère hélas bien vite que ce manque de réaction immédiate de la défense anti-aérienne avait une explication assez dramatique : l’adjudant-chef chargé de la sécurité était apparemment en état d’ivresse au moment de l’attaque…

Grâce à l’acharnement des mécaniciens, 12 Morane-Saulnier sont encore en état de voler quarante-huit heures plus tard. Mais les troupes allemandes se rapprochent de plus en plus dangereusement du secteur, et le 11 juin l’ordre est donné au GC III/7 de se replier sur Bray-sur-Seine, puis immédiatement après sur St Florentin dans l’Yonne.

Les pilotes du GC III/7 ne recevront leurs premiers Dewoitine D.520 qu’à partir du 22 juin 1940, date de la signature de l’armistice franco-allemand…

Entre le 20 mai et le 11 juin 1940 les escadrilles de Morane-Saulnier MS 406 des groupes de chasse du GC III/6 et du GC III/7 basés à Coulommiers ont perdu 11 pilotes, dont 5 tués au combat…

alain.graton@cegetel.net