Musée Franco-Allemand du Radar – Douvres la Délivrande

Daniel FLAHAUT, suite visite en juillet 2015

Douvres-la-Délivrande, à 3km de la mer, est une ville du Calvados située à une dizaine de kilomètres au nord de Caen. Les Allemands y ont implanté pendant la guerre une station radar sur la route qui mène de Douvres à Bény-sur-mer. Le site, transformé aujourd’hui en musée, est ouvert au public de juin à septembre.  Il est géré par le Mémorial de Caen. En dehors de la saison d’ouverture, l’association des Amis du Musée Radar accueille des groupes sur réservation. Prix des visites 5,50€ (individuels) et 4,50€ (groupes) en 2015.

Dans l’esprit de sécuriser les côtes de toute invasion, Hitler confia à l’Organisation TODT la construction du Mur de l’Atlantique. Les travaux de la station radar commencèrent dès l’automne 1942. Elle comprenait, sur 35 hectares, une trentaine de bunkers (bâtiments) enterrés, et fut mise en service en octobre 1943.
La station radar de Douvres portait le nom de code Distelfink (chardonneret en français). Elément important d’une vaste chaine de détection qui s’étendait de Dunkerque à Brest, elle mettait en œuvre, sous commandement de la Luftwaffe : – un radar longue portée (300 à 380km) de type WASSERMANN, grande antenne rectangulaire d’une hauteur de 40m supportée par un pylône de 65 mètres de haut, l’ensemble pesant 200 tonnes ! – deux radars moyenne portée (200km) de type FREYA, – 2 radars WÜRZBURG RIESE dont l’antenne parabolique de 7.50 m de diamètre pouvait porter à 80 km. Considéré par les experts Anglais et Américains comme le meilleur radar du monde en 1942, le Würzburg offrait une précision de 200 mètres en mesure de distance et pouvait dissocier deux cibles distantes de 15 mètres l’une de l’autre.

Sur le site actuel (3ha sur la partie Sud de l’emprise d’origine) est présenté un authentique Würzburg-Riese. Les radars de la station ayant été détruits en juin 44, il s’agit d’un exemplaire capturé par les Britanniques en Hollande, qui fut offert au Professeur Yves Rocard en 1945 en remerciements des précieuses informations sur les radars allemands qu’il transmit dans le cadre de ses activités de Résistant. Installé à Nançay, en Sologne, il y fut utilisé comme radiotélescope jusqu’en 1987, puis transféré à Douvres pour y être exposé au musée qui ouvrit en 1994, à l’occasion du Cinquantième anniversaire du Débarquement.


Radar WÜRZBURG, fabriqué par Telefunken   (collection D. Flahaut)

 

On peut y voir également une réplique d’un radar Freya.

Avec une maquette « écorchée » du bunker Anton L479

Deux bunkers ont été remis en état et sont présentés au public. Le premier, un H622 dans la nomenclature allemande, était un abri hébergement. Il pouvait accueillir une vingtaine de soldats répartis en deux chambrées. Le second, un L479 Anton, était le Poste de Commandement de la station. Il recueillait et interprétait les informations fournies par les cinq radars du site mais aussi par de nombreuses stations secondaires. Il était en liaison avec le Commandement de secteur de la Chasse allemande.
On y trouve aujourd’hui une carte du Mur de l’Atlantique et des informations sur l’organisation TODT, des maquettes de radars allemands et alliés de la Seconde Guerre Mondiale. On accède au centre névralgique du PC depuis lequel les opérateurs reconstituaient la situation aérienne sur des tables lumineuses.
Des fresques chronologiques décrivent l’évolution des radars depuis les recherches de Maxwell à la fin du XIXème siècle jusqu’à 1945, soulignant la contribution française. En effet ce sont les ingénieurs Maurice Ponte et Henri Gutton qui, après avoir en 1935 équipé le paquebot Normandie d’un système de détection qui ne s’appelait pas encore radar, perfectionnèrent le Magnétron, générateur de l’onde électromagnétique. En mai 1940 ils confiaient leur invention aux Anglais qui allaient ensuite la partager avec les Américains. Ce transfert de technologie permit aux Alliés de ravir aux Allemands, au cours de la guerre, la suprématie dans le domaine du radar.

Au sous-sol de l’Anton, une salle rend hommage à l’Allemand Christian Hülsmeyer qui, en 1904 (!), déposa les premiers brevets d’un système de détection électromagnétique et réalisa un dispositif expérimental qui fut présenté avec succès à la presse : depuis un pont à Cologne, il détectait des navires qui passaient sur le Rhin. Une autre salle présente l’évolution technologique du radar de 1945 à nos jours, dans le domaine tant civil que militaire.

A l’extérieur, d’autres radars sont également présentés :
–  Le radar SCR 584 fabriqué par MIT aux USA.

 

Radar SCR584   (Coll. Daniel Flahaut)

Ce radar, utilisé par les américains en 1945, illustre le bond technologique fait par les Alliés : grâce à l’utilisation des ondes centimétriques, il avait une performance similaire au radar allemand Würzburg tout en ayant des dimensions nettement plus réduites, lui conférant une grande mobilité.

-Le COTAL (COnduite de Tir de l’Artillerie Lourde). Il s’agit d’un radar développé par Thomson-Huston (CFTH), d’après la licence américaine du SCR584.

Radar Cotal de Thomson Csf  (Coll. Daniel Flahaut)

Ce matériel beaucoup utilisé par l’Armée de l’Air a été mis en service dans les années 1950, principalement en Algérie. Il a été conçu pour la détection des avions dans un rayon de 64 km et à leur poursuite automatique dans un rayon de 45 km.

Enfin récemment a été installé sur le site un radar TA10, fabriqué par Thomson-CSF. Il était en service sur l’aéroport d’Orly depuis 1974 et permettait le guidage des avions dans la zone d’Approche. Il a été offert au Musée par la Direction Générale de l’Aviation Civile.

Radar TA10 (Coll. Daniel Flahaut)

Pour contacter l’Association des Amis du Musée Radar : distelfink14@gmail.com

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